POLY MATH : un cycle d’évènements pour encourager une approche intuitive des mathématiques
Quelles suites donner à une licence de mathématiques ? Qu’est-ce que la recherche en géométrie, algèbre ou topologie ? Le nouveau cycle d’évènements POLY MATH, organisé par la Graduate School Mathématiques, propose des pistes de réponse en explorant des débouchés de recherche inattendus. (Cet article est issu de L'Édition n°29)
Le terme « polymathe » désigne un individu qui possède des connaissances dans de multiples domaines. C’est dans cet esprit d’interdisciplinarité que la Graduate School (GS) Mathématiques a imaginé un nouveau cycle d’événements à destination des étudiantes, étudiants, chercheurs, chercheuses, curieuses et curieux de tous bords. Lancé en novembre dernier, le cycle POLY MATH a pour ambition de « faire découvrir les maths autrement », en présentant des sujets de recherche en mathématiques de façon engageante.
L’idée du cycle est née d’une constatation. L’enseignement des mathématiques académiques se déroule dans un cadre abstrait et formel, qu’il faut s’approprier avant de comprendre les notions abordées. Si la rigueur de la preuve est indispensable au fondement solide des mathématiques, en l’absence d’une intuition préalable, elle peut être intimidante et décourageante. Ici, il s’agit de travailler en sens inverse, partir de l’intuition pour ouvrir le chemin vers l’abstraction. L’objectif, comme le décrit Ainhoa Aparicio-Monforte, chargée de projet recherche à la GS Mathématiques, est de montrer la « recherche de façon vivante en mobilisant toutes les formes de l’intelligence et de la sensibilité », afin de stimuler la curiosité et l’imagination, organiser des rencontres, faire émerger des vocations, et pourquoi pas découvrir un sujet de recherche insoupçonné.
Les activités manuelles à l’honneur
Les sens occupent une place prépondérante dans les événements du cycle. Le premier de ces événements, l’exposition « Maths Tangibles » organisée fin novembre 2025 dans la bibliothèque Jacques Hadamard de l’Institut de mathématiques d’Orsay (IMO), est ainsi l’occasion de toucher du doigt des concepts complexes tels que la géométrie non-euclidienne, les pavages ou encore les immersions isométriques, en s’appuyant sur des objets conçus par les exposantes et exposants à l’aide de pliages, de maquettes, d’impression 3D ou encore de crochet.
L’art de l’origami est aussi à l’honneur dans le cycle qui propose, en décembre dernier, un événement animé par Ainhoa Aparicio-Monforte elle-même. Plieuse enthousiaste, la mathématicienne y initie un public nombreux et varié à l’origami modulaire, qui consiste à créer des structures complexes à partir de plusieurs « briques » identiques. Durant le cycle, Adrien Abgrall, post-doctorant au Laboratoire de mathématiques d'Orsay (LMO - Univ. Paris-Saclay/CNRS), anime également un atelier sur la puissance des origamis pour la construction de nombres algébriques. Les origamis admettent en effet des opérations impossibles à la règle et au compas, ouvrant la voie à des solutions inaccessibles avec l’approche traditionnelle.
Dans le même esprit, un autre événement animé en janvier 2026 par Anaïs Meunier, doctorante au CEA, met en lumière la théorie des nœuds et ses possibilités. Une quinzaine de personnes y participent, découvrant le coloriage et le nouage qui forment les rudiments de ce domaine mathématique peu connu, ainsi que les pistes actuelles de recherche. La rencontre, de même que les précédentes, se déroule sous la forme d’un séminaire-déjeuner qui offre aux étudiantes et étudiants l’occasion d’échanger de manière informelle.
Recherche « mathémusicale » et bijoux mathématiques
L’enjeu de POLY MATH est de proposer une approche intuitive de concepts mathématiques par le biais d’autres disciplines, la musique par exemple. En décembre 2025, Moreno Andreatta, chercheur en mathématiques et en musicologie à l’Université de Strasbourg, propose ainsi une introduction à la recherche « mathémusicale ». Il y met en évidence la nature interdisciplinaire de ses travaux mêlant théorie des graphes, harmonie, topologie, mélodie, algèbre et polyrythmie, que ce soit pour analyser des compositions de Mozart, Beethoven ou Bach, faire du jazz ou même composer de la pop hamiltonienne !
Les mathématiques s’invitent également dans la création d’œuvres d’art et la bijouterie, comme le révèle l’exposition « StoKaChic : Haute bijouterie mathématique » présentée dans le cadre du cycle. Celle-ci met en lumière le projet éponyme de Nicolas Curien, professeur à l’Université Paris-Saclay, et Matteo D’Achille, chercheur en mathématiques à l’Institut Élie Cartan de Lorraine, qui consiste à utiliser des concepts mathématiques complexes pour créer des bijoux uniques. En combinant des statistiques avec des processus aléatoires, de la topologie et de la géométrie hyperbolique, les chercheurs ont créé des volumes étranges et uniques, qui ressemblent à des amalgames de bulles. Ces formes surprenantes et un ami bijoutier leur ont donné l’idée d’en faire des bijoux.
Ces créations sont dévoilées en décembre dernier à la bibliothèque Jacques Hadamard dans un parcours amusant et interactif conçu par Vasilisa Nikiforova, et destiné à comprendre les concepts derrière ces objets surprenants. Dans cette installation « faible en technologie », un dessin-animé manuel explique le passage à la limite en géométrie hyperbolique, une lampe ultra-violette révèle des motifs de Poisson-Voronoï dissimulés dans les taches d’une girafe et les fameux pendentifs mathématiques trônent au milieu. Cette exposition devrait être bientôt visible dans d’autres lieux de l’Université Paris-Saclay.
Des origamis aux bijoux, en passant par la musique, la première édition de POLY MATH a rassemblé de nombreuses étudiantes et étudiants, qui se sont laissé émerveiller par la richesse des possibilités offertes par les mathématiques. Forte de ce succès, l’équipe de la GS Mathématiques fourmille déjà d’idées de nouveaux évènements pour prolonger le cycle, et continuer de dévoiler les facettes insoupçonnées des mathématiques. Du 25 février au 3 avril, la salle de pause de la bibliothèque Jacques Hadamard accueille ainsi une exposition consacrée à Emmy Noether, une mathématicienne allemande qui a laissé une empreinte fondamentale dans sa discipline.
- En savoir plus sur le cycle POLY MATH et ses prochains événements :
https://www.universite-paris-saclay.fr/poly-math-cycle-devenements-pour-des-maths-autrement-0
Cet article est issu de L'Édition n°29.
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