Cancer, VIH et trithérapie : une relation complexe

Recherche Article publié le 22 juin 2020 , mis à jour le 30 juin 2020

Des chercheurs du Laboratoire aspects métaboliques et systémiques de l'oncogénèse pour de nouvelles approches thérapeutiques (METSY - Université Paris-Saclay, CNRS, Institut Gustave Roussy) ont analysé dans la littérature scientifique les interactions existant entre les personnes infectées par le VIH et traitées par trithérapie, ou Highly Active Antiretroviral Therapy (HAART), et les cancers. Les résultats de leur synthèse apportent de nouvelles informations pour comprendre les impacts de cette thérapie sur les différents types de cancers.

C’est un fait avéré : les personnes infectées par le VIH ont un risque plus élevé de développer un cancer par rapport aux personnes non-infectées. Avec l’apparition du traitement antirétroviral hautement actif (HAART), ou trithérapie, qui restaure l'immunité et supprime la réplication virale, ce risque a désormais diminué. Mais les personnes vivant avec le VIH ont toujours un risque global 1,6 à 1,7 fois plus élevé de développer un cancer par rapport au reste de la population. 10 à 20 % des décès des personnes infectées restent d’ailleurs imputables au cancer.

Face à cet important défi de santé publique, Anna Shmakova et ses collègues du laboratoire METSY se sont penchés sur la littérature scientifique existante pour comprendre le fonctionnement des médicaments de trithérapie et leur manière de prévenir l’apparition de cancer chez les patients atteints par le VIH.

Cancer et VIH, une association répandue

Il existe deux grands types de cancers : ceux définissant le sida (CDA), comme le sarcome de Kaposi, le lymphome non hodgkinien, le cancer invasif du col de l'utérus, traditionnellement observés chez les patients infectés par le VIH ; et les autres cancers, dits non liés au sida (NADC).

Avec la HAART, l'incidence des CDA a significativement baissé chez les personnes atteintes par le VIH, l'issue de ces cancers s'est améliorée et la mortalité des malades a diminué. Cependant, le risque d’en développer demeure élevé et est proportionnel à la charge du VIH. L'immunosuppression en est un facteur prédictif important.

Les NADC, quant à eux, augmentent continuellement depuis 1996 et devraient poursuivre ce rythme. Ils représentent environ deux tiers de tous les cancers chez les patients atteints par le VIH. Leur augmentation est en partie liée au vieillissement général des personnes infectées, qui grâce à la HAART vivent plus longtemps, ce qui laisse aussi plus de temps au cancer pour évoluer. Contrairement aux CDA, associer la charge de VIH à un risque de NADC reste un sujet en discussion.

La trithérapie, une solution adéquate contre les cancers ?

Si beaucoup de recherches précliniques ont montré les propriétés anti-oncogéniques des médicaments utilisés en HAART, elles ont échoué à confirmer d’éventuels effets protecteurs vis-à-vis des NADC : «  Il y a un problème de dosage : celui utilisé pour la trithérapie est très souvent inférieur à celui utilisé pour lutter contre le cancer. C’est pourquoi, même si les médicaments contre le VIH ont des effets positifs, cela ne se traduit pas toujours par une diminution des taux de cancers », explique Anna Shmakova. Sans compter que les personnes infectées par le VIH sont généralement exclues des essais cliniques.

« La trithérapie est un traitement très lourd et si la personne développe un cancer, on lui ajoute d'autres médicaments. Il faut donc voir quelles sont les interactions entre tous ces médicaments et s’il est nécessaire d’arrêter la trithérapie, le temps de la chimiothérapie » explique Yegor Vassetzky, également chercheur au METSY. « Mais les publications qui examinent les cancers chez les patients VIH s’intéressent peu au type de traitement qu'ils suivent », remarque sa collègue Anna Shmakova. Les données concernant la toxicité et les interactions médicamenteuses demeurent ainsi assez limitées. Certaines études montrent toutefois que l'interruption de la HAART pendant la chimiothérapie est défavorable aux patients séropositifs atteints d'un cancer.

 

Un fort besoin d’études cliniques

De leur synthèse, les chercheurs du METSY font émerger un résultat clair : l'absence de recommandations cliniques et le manque d'expérience en matière de traitement simultané contre le VIH et le cancer indiquent un besoin urgent d'études épidémiologiques à grande échelle, pour interroger l'effet de certains médicaments de HAART et leur dosage sur la prévention du cancer. L'inclusion des personnes séropositives dans les essais cliniques des traitements contre le cancer se montre plus nécessaire. La complexité des relations entre trithérapie et cancer ne sera levée qu’à ce prix.

 

Référence : Shmakova, A. et al. HIV1, HAART and cancer: A complex relationship, International Journal of Cancer, Volume146, 15 May 2020