Bernard Escudier, le pionnier du traitement du cancer du rein

Portraits de chercheurs Article publié le 19 novembre 2020 , mis à jour le 24 novembre 2020

Bernard Escudier est médecin oncologue à l’Institut Gustave Roussy et chercheur au sein du laboratoire Immunologie intégrative des tumeurs et génétique oncologique (Université Paris-Saclay, Institut Gustave Roussy, Inserm). Il est également membre du comité génito-urinaire de l'Institut et médiateur depuis trois ans. Spécialiste du cancer du rein depuis presque trois décennies, il est à la pointe de la recherche en immunothérapie et développe de nouvelles stratégies thérapeutiques contre cette maladie, dont il a fortement contribué à allonger l’espérance de vie des patients atteints.

Le parcours de Bernard Escudier est peu banal. Étudiant de médecine à l’hôpital Necker à Paris, puis chef de clinique en cardiologie au CHU Henri Mondor à Créteil, il pense sa voie toute tracée. Mais en 1983, on lui propose un poste en réanimation à l’Institut Gustave Roussy. Il l’accepte et y reste dix ans. En 1992, l’Institut crée sa première unité d’immunothérapie et propose à Bernard Escudier d’en prendre la direction. « J’étais surpris car je n’étais pas cancérologue. À l’époque, je m’étais intéressé aux premiers traitements par immunothérapie (par interleukine 2). Après réflexion, j’ai accepté ce poste. » 

De la « réa » à la « cancéro »

Pour Bernard Escudier, le passage de la réanimation à l’immunothérapie représente un vrai « challenge ». Intégrant le département de médecine de Gustave Roussy, le médecin se met à développer des protocoles d’immunothérapie et d’autres traitements innovants contre le cancer du rein, « à une époque où celui-ci n’était guère populaire », confie l’intéressé. Ses collègues cancérologues l’encouragent et Bernard Escudier y voit l’opportunité de développer sa thématique. « Les cancérologues s’y intéressaient peu car il n’y avait pas de traitement et la chimiothérapie ne fonctionnait pas. » Il crée le Groupe français d’immunothérapie, aujourd’hui regroupé au sein du GETUG (Groupe d’étude des tumeurs urologiques), « le leader du développement de médicaments dans le monde », qu’il dirigera pendant vingt ans. 

Des progrès considérables

Collaborant avec d’autres équipes de recherche « qui permettent de mieux comprendre et de mieux décortiquer cette maladie », Bernard Escudier développe des nouveaux traitements du cancer du rein. Il utilise deux approches thérapeutiques distinctes : d’abord l’anti-angiogenèse puis l’immunothérapie. Avec son équipe clinique, composée d’oncologues, d’urologues et de radiothérapeutes, il « définit les populations de patients qui bénéficient de l’un ou l’autre des traitements ». 

Le chercheur est ainsi à l’origine de la découverte et de la mise au point d’une douzaine de nouveaux médicaments, alors qu’aucun n’existait il y a encore quinze ans. « Nous sommes passés d’une maladie dont tout le monde mourait en un an, à une maladie dont on guérit désormais parfois et où la médiane de survie dépasse quatre ans. Nous avons donc quadruplé la médiane de survie en quinze ans », explique le médecin. Aujourd’hui, Bernard Escudier étudie la meilleure manière de combiner les deux approches pour « guérir encore plus de patients ».


ARTuR 

Avec le comédien Bernard Giraudeau, qui en est alors le parrain, et Arnaud Méjean, urologue à l’hôpital Georges Pompidou, Bernard Escudier fonde en 2005 l’association pour la recherche sur les tumeurs du rein, ARTuR. C’est la première association de patients atteints de cancer du rein et le chercheur en est toujours le président. Il participe à de nombreux événements, dont une journée annuelle dédiée aux patients. « Communiquer sur la maladie est très important. ARTuR est une association un peu originale : elle possède à la fois un volet « patients », très structuré par un vice-président, qui est aussi un ancien patient et qui assure le fonctionnement de l’association, et un volet « recherche et enseignement », qui organise tous les deux ans un congrès et finance des bourses de recherche pour soutenir la recherche sur le cancer du rein. » 

Auteur de plus de 450 publications dans des revues scientifiques de renom, Bernard Escudier est aussi membre de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology), de l’AACR (American Association for Cancer Research (AACR) et de l’ESMO (European Society for Medical Oncology), dont il coordonne le groupe de recommandations sur le cancer du rein. « Pour être honnête, c’est toujours agréable de voir ses travaux reconnus. Mais l’important pour moi, c’est surtout de continuer à être à la pointe de mon domaine et de le faire avancer. » De renommée mondiale, le chercheur a créé le Congrès européen du cancer du rein et siège au conseil d'administration de la KCA (Kidney Cancer Association), « une des plus importantes associations sur le cancer du rein aux États-Unis ».

À 68 ans, Bernard Escudier avoue voir venir la pleine retraite et son départ avec une pointe de regrets. « Dans cinq ans, je coulerai des jours heureux ailleurs, si tout va bien. » Place aux jeunes, à qui il conseille en premier de ne pas hésiter à saisir les opportunités. « Je suis tout de même le seul cardiologue qui soit devenu cancérologue, sourit-il. En médecine, il y a plein de choses intéressantes à faire. Et puis quand on a une passion, il faut essayer d’aller jusqu’au bout et se battre pour arriver à faire ce que l’on veut. »