Achille Stocchi : Quand la mutualisation et le partage des connaissances en physique prend tout son sens

Portraits de chercheurs Article publié le 21 avril 2020 , mis à jour le 22 septembre 2020

Achille Stocchi est le directeur du tout nouveau Laboratoire des deux infinis - Irène Joliot-Curie (IJCLab - Université Paris-Saclay, CNRS), qui regroupe les cinq laboratoires du campus d’Orsay travaillant sur tous les aspects de la physique des deux infinis. Passionné d’enseignement, ce spécialiste de la physique des particules est également à l’origine de la création de deux écoles internationales, à l’Est et au Moyen-Orient.

Spécialisé dans la physique des particules et plus exactement celle des quarks b, Achille Stocchi a travaillé auprès des accélérateurs de particules du monde entier, tout en étant toujours rattaché au Laboratoire de l’accélérateur linéaire (LAL - Université Paris-Saclay, CNRS), qu’il dirige à partir 2011.

Un engagement pour l’enseignement sans frontière

Professeur à l’Université Paris-Saclay, Achille Stocchi accorde une grande place à l’enseignement, en parallèle de ses activités de recherches. Il a encadré de nombreux jeunes étudiants et thèses, et continue à le faire. Il est également à l’origine avec d’autres collègues de la création de deux écoles à l’international : le première dans les pays de l’Est - la TESHEP (Trans-European School of High Energy Physics) - et la seconde en Palestine, des régions où il se rend plusieurs fois par an.

« Ces deux écoles sont nées de contacts et d’histoires personnelles, de personnes avec lesquelles j’ai travaillé, précise le chercheur. La TESHEP provient du travail mené il y a quelques années avec Sergey Barsuk, ukrainien d’origine : on a constaté qu’avec le démantèlement de l'Union soviétique et du bloc de l'Est, beaucoup de personnes étaient parties à l'étranger, et que les jeunes n’avaient plus accès à la physique moderne et contemporaine, tout en bénéficiant d’un niveau d’éducation très élevé. »

Face à ce constat, Achille Stocchi et ses collègues montent alors un projet d’enseignement de quelques jours dans une université ukrainienne autour de la physique des hautes énergies. Le projet rencontre un grand succès et les éditions s’installe dans la durée : le projet fête aujourd’hui ses treize années d’existence. Une école d’hiver et une école d’été se déroulent chaque année en Ukraine ou dans un pays frontalier, comme la Pologne ou dans d’autres pays de l’Est de l’Europe (Roumanie, Serbie…).

Fort de cette expérience, Achille Stocchi lance en 2015 avec d’autres collègues un projet similaire avec l’université d’An-Najah en Palestine. Ce projet se base sur un lien fort avec un ancien étudiant (Ahmed Bassalat) et implique la création d’une école d’hiver. « Ce projet commence à bien marcher et j’en suis particulièrement ravi. Le Président de cette université est vraiment une personne exceptionnelle. Un tout petit peu grâce à nous, cette université commence à avoir de l’impact au Moyen-Orient, à être celle dont on parle dans les classements. Même le CERN reconnait aujourd’hui que cette université fait figure de référence pour les recherches en physique des hautes énergies faites au Moyen-Orient, en dehors d’Israël qui est très fort dans le domaine », s’enthousiasme Achille Stocchi.

Réunir toutes les forces de recherche en physique des deux infinis : l’IJCLab

L’autre projet qui tient à cœur d’Achille Stocchi, c’est la création du laboratoire IJCLab, nommé ainsi en l’honneur d’Irène Joliot-Curie, à l’origine de la création du Campus scientifique, puis universitaire, d’Orsay. Il est né de la fusion de cinq laboratoires de physique : le Centre de sciences nucléaires et de sciences de la matière (CSNSM), le laboratoire Imagerie et modélisation en neurobiologie et cancérologie (IMNC), l’Institut de physique nucléaire d'Orsay (IPNO), le Laboratoire de l'accélérateur linéaire (LAL) et le Laboratoire de physique théorique (LPT).

« Ces laboratoires ont toujours été proches, explique le chercheur. Ils ont été créés quasiment en même temps et sont à l’origine du campus d’Orsay. Les bâtiments s'entremêlent géographiquement et scientifiquement, et les recherches réalisées sont assez liées. Les chercheurs y étudient la physique des deux infinis, c’est-à-dire les interactions fondamentales qui gouvernent la physique des particules - l'infiniment petit - ou celles observées en astrophysique, en cosmologie… l’infiniment grand. »

Alors directeur du LAL, Achille Stocchi a l’idée en 2016 de rassembler les cinq laboratoires de physique de la vallée d’Orsay sous une seule et même entité. L'ambition est de mettre toutes les forces en commun, de façon cohérente, pour obtenir un impact plus important dans différents secteurs de recherche et participer à des projets à une échelle plus importante. Sont visés des projets au CERN, des grands projets en physique nucléaire, en passant par la construction de grands détecteurs à accélérateurs ou en cosmologie, et des projets spatiaux.

Un laboratoire de pointe comme une belle aventure collective

Ce nouveau laboratoire s’organise autour de sept pôles : astrophysique, astroparticule et cosmologie - physique des accélérateurs - physique des hautes énergies - physique nucléaire, physique théorique - énergie et environnement - physique et santé. Chacun d’entre eux existait préalablement mais séparément dans les laboratoires fusionnés. En les mutualisant, ils en sortent renforcés. « On a souhaité créer un laboratoire de recherche fondamentale comportant deux pôles à fort impact sociétal, celui sur la physique et la santé, et celui sur l'énergie et l’environnement. Un autre axe fort c’est la présence d’un important pôle de physique théorique », explique Achille Stocchi.

Le chercheur continu : « La dorsale du laboratoire est formée par le pôle Ingénierie, qui regroupe des services techniques ayant un haut degré d'expertise. Il s’organise autour de quatre départements : électronique, informatique et informatique, instrumentation et mécanique. Cela représente un potentiel unique pour concevoir, développer et exploiter les instruments nécessaires aux défis scientifiques des prochaines décades, en physique des accélérateurs et des détecteurs notamment. IJCLab est ainsi reconnu comme un "laboratoire constructeur". La présence d'un vaste ensemble d'infrastructures de recherche et de plateformes technologiques est également un des caractéristiques de l'IJCLab. »

Les résultats de cette union sont attendus dans les prochains mois. Cela passera par plusieurs indicateurs : l’augmentation des collaborations internationales et de la visibilité, et une plus grande participation à des projets de construction d’instruments ou de parties d’instruments physiques. Pour l’heure, Achille Stocchi se montre reconnaissant : « Il est trop tôt pour regarder en arrière, car nous sommes encore en plein dedans, néanmoins je peux d’ores et déjà dire que la création de ce laboratoire est une belle aventure. Les tensions n’ont pas manqué, ni les oppositions, mais on s’y est tous lancé avec un esprit de discussion, en formant des groupes de travail, de réflexion et d'assemblée... On est passé par des votes, des consultations, des questionnaires. Une création comme celle-ci, ça ne se fait pas uniquement sur une idée, parce que quelqu’un le décide. L’équipe autour de moi est vraiment soudée et faite de fortes personnalités. Pour moi, la clef du succès est la cohésion, le partage et la confiance mutuelle. C’est vraiment une aventure collective passionnante ! »