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Visionairy : l’intelligence artificielle au service de la qualité

Innovation Article publié le 03 juillet 2024 , mis à jour le 03 juillet 2024

Créée en 2018, la start-up Visionairy propose à ses clients des logiciels de contrôles non destructifs connectés à des caméras. Basée sur l’intelligence artificielle, cette technologie permet une économie de temps, de coût ainsi qu’une plus grande précision.

Au sein de l’Institut d’Optique Graduate School (IOGS), Daniel Blengino et Yannis Kolodziej se rencontrent lors de leur formation à l’entrepreneuriat technologique, la filière innovation-entrepreneurs (FIE). « Pendant les deux dernières années de formation, nous devions mener un projet. Dans ce cadre, nous avons fait la connaissance d’industriels qui nous ont orientés vers leurs problèmes de qualité. Nous avons notamment discuté avec une entreprise qui souhaitait faire des analyses d’images sur des brosses pour mascara », explique Daniel Blengino. La première solution mise en place dans cette première usine par le duo fonctionne bien et les deux étudiants dégagent un petit chiffre d’affaires.

En 2018, alors qu’ils sont encore étudiants, Daniel Blengino et Yannis Kolodziej créent la start-up Visionairy, spécialisée dans l’inspection visuelle. Daniel en devient le CEO et Yannis le CTO. L’année suivante, ils font le tour des manufactures françaises pour comprendre les difficultés du secteur et voir si leur technologie a une place sur le marché. « Dans toutes les usines, les contrôles des pièces se font manuellement grâce à des opérateurs. Il y a donc des problèmes de précision, de fatigue et les jeunes ne veulent plus faire ce métier fastidieux. Sans compter que généralement les industriels ne vérifient qu’une portion infime de ces pièces. Si le contrôle ne passe pas, on jette tout le lot, alors qu’on pourrait en récupérer. Il y a d’énormes enjeux sur les déchets », ajoute Daniel Blengino.

Certains acteurs du marché se sont déjà emparés de ces questions et proposent des caméras à installer sur machines préexistantes. « Trop compliquées à mettre en place », selon la start-up, qui accompagne ses clients pour choisir le bon système de vision, le bon nombre de caméras et l’éclairage optimal pour inspecter les pièces produites.
 

Contrôler les pièces numériquement

Visionairy propose des logiciels spécialisés en intelligence artificielle (IA) pour l’analyse des images de pièces, qui sont facilement connectables à des caméras industrielles ou disponibles sur le marché. « Notre programme examine l’image et détecte si l’élément est détérioré ou non. Avec notre logiciel centralisé, qui peut regrouper plusieurs lignes, le client a accès à la vision de toutes ses pièces et peut remonter à la source du défaut », se félicite Daniel Blengino.

En 2020, Visionairy installe sa première solution chez Toschiba, à Dieppe, pour le contrôle de ses puces électroniques. Elle développe également un partenariat avec le CNRS et l’ENS Paris-Saclay pour concevoir des technologies d’apprentissage non supervisé. « Quand nous avons déployé notre technologie d’IA non supervisée, nous avons constaté qu’il était difficile de montrer à l’IA des images de composants défectueux parce qu’elles sont très rares. Notre procédé, qui fait l’objet de deux brevets, détecte les anomalies sur les pièces bonnes. Il est employé en production depuis 2023 », précise Daniel Blengino.

En 2022, le duo lève 1,2 million d’euros auprès du fonds d’investissement NCI WaterStart, ainsi que de business angels et de la BPI. Cela les aide à recruter une équipe de quinze personnes et à accélérer leur exploitation commerciale.

L’année suivante, Visionairy se déploie partout en Europe. Dans l’Hexagone, elle collabore avec l’industrie cosmétique pour inspecter des bidons d’aluminium avec une précision de 0,1 mm à raison de deux pièces par seconde. Sur le plateau de Saclay, elle intègre l’écosystème Siemens et collabore avec divers projets industriels d’ampleur. Chez le voisin allemand, Visionairy automatise la détection de défaut sur pièces automobiles complexes avec sa technologie d’IA non supervisée. En Suisse et en Italie, la start-up surveille un process de défilmage de verre.
 

Des logiciels complexes

Aux caméras, Visionairy connecte son logiciel relié à une plateforme d’apprentissage et de visualisation. Cette plateforme fait remonter les données en temps réel aux opérateurs, ou alors les données sont organisées pour entraîner une intelligence artificielle. « Nous faisons tout cela dans le cadre du Visionairy LAB, notre laboratoire de vision industrielle qui nous sert à préqualifier notre projet », explique le cofondateur. Lorsque l’IA s’est exercée sur les pièces désirées, elle est configurée et déployée sur un ordinateur spécial qui va exécuter l’IA sur la ligne de production. « Une fois que l’on réalise les analyses d’images sur la ligne de production, nous enregistrons les résultats qui remontent au Visionairy LAB. Cela nous sert à comprendre à postériori comment les défauts potentiels sont apparus et à quel moment de la ligne. On retrouve ainsi la source de l’anomalie et l’industriel peut mieux piloter son process et digitaliser sa qualité », précise Daniel Blengino.

La start-up vend son logiciel sous forme d’abonnement qui inclut des prestations de services. « Le coût de notre solution est rentabilisé au bout d’un an et est d’autant plus avantageux si les clients ont beaucoup de lignes à équiper », avance la start-up. Pour l’heure, Visionairy s’étend dans les domaines de l’énergie, du verre et de l’automobile. Mais elle cherche aussi à intégrer les milieux très sélectifs de la pharmaceutique et de l’aéronautique. « En aéronautique, l’IA ne va pas pouvoir remplacer l’humain, mais elle va l’augmenter et l’aider à prendre des décisions. Elle sera un outil de support », explique le cofondateur.
 

Améliorer l’outil

Visionairy, qui réside actuellement à l’incubateur de l’École polytechnique, sur le plateau de Saclay, poursuit son accélération et cherche à atteindre le million d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Pour y parvenir, elle va continuer son expansion en Europe, mais aussi aux États-Unis, tout en travaillant sur une diversification de ses outils. « Nous allons intégrer de la reconnaissance d’objet à notre outil. Par exemple, sur un élément automobile qui arrive sur un convoyeur, notre logiciel va reconnaître la pièce automatiquement et appliquer un contrôle qualité. Alors qu’aujourd’hui le programme analyse seulement l’image présentée par les capteurs », explique Daniel Blengino. L’objectif est de gagner en autonomie et en flexibilité.

Dans les prochaines années, Visionairy va tenter d’accroître les performances de son IA, notamment grâce à l’apprentissage itératif : au lieu d’apprendre sur une base de données classique, le programme va s’instruire grâce aux images qui circulent sur la ligne de production et mettre à jour les paramètres en fonction de la réalité du terrain. La start-up va également augmenter la précision de son IA. Le but est d’être capable de voir des éléments plus fins, pour détecter de minuscules défauts sur de grandes images de pièces variables.

Le duo de cofondateurs va bientôt réaliser un bilan carbone de sa technologie, subventionné par la BPI. « Nous souhaitons le compléter par la mise en œuvre d’un calculateur d’impact de notre solution sur les émissions de nos clients. Nous savons par exemple que notre procédé évite à certains de nos clients dans le verre d’avoir à jeter près de 30 verres par jour. Ils réalisent donc une économie de matière première, d’énergie dépensée par les machines, etc. », conclut Daniel Blengino.