Jardins et potagers : des lieux pour cultiver des émotions positives envers les animaux sauvages
Vivre au contact de la nature, même à petite échelle, influence la manière dont les individus perçoivent les animaux sauvages. Une étude menée par des scientifiques du laboratoire Écologie, Société et Évolution (ESE- Univ. Paris-Saclay/ CNRS/AgroParisTech) vient de mettre en évidence le rôle des jardins domestiques, et en particulier des potagers, dans l’évolution des perceptions des individus à l’égard de certaines espèces.
Dans un contexte de déclin de la biodiversité, comprendre ce qui façonne le regard porté sur les animaux sauvages devient essentiel. Les émotions qui leur sont associées - compassion, peur, dégoût ou attrait esthétique - influencent en effet les attitudes et les comportements de protection.
Pour analyser ces mécanismes, les chercheurs·es du laboratoire Écologie, Société et Évolution (ESE- Univ. Paris-Saclay/ CNRS/AgroParisTech) ont mené un sondage auprès d’une partie représentative de la population française. Les participant·es ont été questionné·es sur leurs interactions avec la nature, notamment leurs pratiques de jardinage, puis invité·es à réagir à plus d’une cinquantaine d’images d’animaux, comprenant des vertébrés et des invertébrés. Pour chaque espèce, ils et elles ont évalué leur niveau de compassion, de peur, de dégoût et d’appréciation esthétique. Ces réponses ont permis de mesurer leur degré global d’affinité avec le vivant.
Les résultats montrent que vivre dans un logement avec jardin est associé à des émotions plus favorables et moins négatives envers les animaux sauvages. Ce lien s’explique vraisemblablement par des interactions plus fréquentes et plus concrètes avec la nature au quotidien.
Des effets différenciés selon les espèces
Le jardinage contribue à ces interactions, mais ses effets ne sont pas uniformes. Ils varient selon les rôles écologiques des espèces observées. Chez les personnes investies dans le potager, un engagement plus important est associé à des émotions plus favorables envers les insectes qui régulent les ravageurs des cultures. En revanche, cet effet ne s’observe pas pour d’autres espèces pourtant utiles, comme les pollinisateurs ou les organismes impliqués dans la décomposition de la matière organique du sol. Les émotions à l’égard des espèces perçues comme nuisibles ne semblent pas, quant à elles, directement liées au niveau d’implication dans le jardinage.
Mieux comprendre les liens entre pratiques et perceptions
Ces résultats suggèrent que les jardins domestiques constituent des espaces propices au développement d’émotions positives envers la faune sauvage. Ils indiquent également que ces effets pourraient être liés à une meilleure compréhension des fonctions écologiques de certaines espèces, en particulier dans le cadre du potager.
Dans un contexte d’urbanisation croissante et de raréfaction des contacts avec la nature, ces travaux ouvrent des pistes pour mieux comprendre comment les expériences du quotidien influencent le rapport au vivant, et, à terme, les comportements favorables à la biodiversité.
Référence
Cultivating biophilia: Domestic gardens foster positive emotions towards wildlife, with gardening influence shaped by species' ecological functions
https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/pan3.70283