Covid-19 et confinement : chercheurs, médecins, professeurs... prennent la parole par temps de crise

Science et société Article publié le 20 avril 2020 , mis à jour le 22 avril 2020

La pandémie de Covid-19 qui sévit actuellement a bouleversé tous les aspects de notre vie quotidienne, et impacte l’actualité et les questionnements scientifiques et éthiques, dans de nombreuses disciplines. Ainsi, qu’ils soient économistes, virologues, physiciens ou médecins, les scientifiques de l’Université Paris-Saclay ont été amenés à s’exprimer dans leur domaine d’expertise. Tour d’horizon de leurs interventions médiatiques.

Julien Bobroff invite à de nouveaux modes de vulgarisation depuis son confinement

Julien Bobroff

Habitué des événements de vulgarisation, le professeur de physique Julien Bobroff, du Laboratoire de physique des solides (LPS - Université Paris-Saclay, CNRS) et membre de l’équipe « La Physique Autrement », a dû rayer toutes ces activités de son agenda. Qu’à cela ne tienne : depuis son salon, il a mis en place des « conférences confinées » diffusées sur Youtube, bricolant des expériences de physique avec des objets domestiques. Il rappelle l’importance de la culture scientifique en cette période : « Les actions de vulgarisation [...] ont plusieurs vertus. D’abord, elles divertissent. Elles aident à sortir de la boucle médiatique et anxiogène sur le coronavirus. [...] Ces actions démontrent aussi l’universalité de la science », (The Conversation, 1er avril 2020). Il invite donc tous les vulgarisateurs scientifiques à tourner les challenges du confinement en opportunités pour proposer de nouveaux contenus au public.

 

 

 

Paul de Boissieu : des essais cliniques éthiques et de qualité sont possibles en période de crise sanitaire

En compagnie de François Hirsch, membre du comité d’éthique de l’Inserm, Paul de Boissieu, assistant hospitalier universitaire (CHU Bicêtre, AP-HP, Université Paris-Saclay), prend position sur les conditions de réalisation des essais cliniques – les protocoles permettant de tester l’efficacité de médicaments – en période de crise sanitaire. Ces essais suivent une méthodologie rigoureuse et encadrée sur le plan éthique. Il évoque les très meurtrières épidémies de maladie à virus Ebola, durant lesquelles des études randomisées, à la méthodologie adaptative et approuvée éthiquement, ont pu être menées et conduire à la découverte de traitements efficaces, (The Conversation, 2 avril 2020). Pour les auteurs, cet exemple montre que même dans un contexte de contre-la-montre sanitaire, il est nécessaire de mener des études cliniques éthiques et de qualité.

 

Pour Yves Gaudin, il va falloir s’habituer au virus

Le virologue Yves Gaudin, de l’Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC - Université Paris-Saclay, CNRS), s’est exprimé dans différents médias sur la durée de l’épidémie. Notamment, il souligne que la fin du confinement en France ne sera pas synonyme de fin de la pandémie, même s’il n’y a plus de vague de contaminations et de décès telle que celle que nous vivons actuellement : « Il faut se préparer à vivre avec ce virus au minimum pendant dix-huit mois à deux ans », déclare-t-il dans Le Figaro (02 avril 2020). Le caractère saisonnier du virus n’est pas clair, celui-ci étant présent actuellement dans les pays de l’hémisphère sud. Il faudra attendre l’immunité de groupe (60 à 70 % de la population mondiale vaccinée ou résistante au virus) pour que ralentisse sa propagation. Enfin, il souligne que, bien que l’obtention d’un vaccin soit possible, aucun n’a à ce jour été développé contre un membre de la famille des coronavirus.

 

Hubert Kempf : la pandémie de Covid-19 bouleverse la zone euro

Pour ce professeur de macroéconomie à l’École Normale Supérieure Paris-Saclay (Département sciences sociales), les impacts économiques de la pandémie ont conduit à des réactions sans précédent de la part des institutions européennes. La Banque centrale européenne a agi rapidement en relâchant les contraintes sur les finances publiques des États membres de la zone euro. La crise actuelle est différente des précédentes, notamment de la crise de la dette grecque, car elle touche tous les pays. Dans le cas présent, la solidarité entre pays membres s’inscrit dans une logique « à la fois humanitaire et de gestion macroéconomique de la zone euro dans son ensemble », (The Conversation, le 31 mars 2020). S’il estime impossible de prédire les conséquences de la crise pour la zone euro, il lui paraît évident qu’il y aura pour elle et pour l’Union européenne « un avant et un après la pandémie du Covid-19 ».

 

Emmanuel Hirsch : comment concilier éthique et urgence en temps de pandémie

Emmanuel Hirsch

Emmanuel Hirsch est professeur d’éthique médicale à la faculté de médecine et président du Conseil pour l'éthique de la recherche et l’intégrité scientifique de l’Université Paris-Saclay. Il s’exprime sur la réflexion éthique et la recherche biomédicale dans un contexte de pandémie : les règles habituelles sur les recherches impliquant l’humain doivent-elles s’adapter à l’urgence, et si oui, selon quels critères ? « Il ne serait pas acceptable de refuser, en situation exceptionnelle, d’examiner les fondamentaux de l’éthique biomédicale », déclare-t-il dans The Conversation (27 mars 2020). En se basant sur différents textes relatifs à la bioéthique, comme la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’Homme, il rappelle les principes des expérimentations sur l’humain, tels que celui du moindre mal, la minimisation des risques pour la personne impliquée dans les essais cliniques et la nécessité de mener une expérimentation de qualité.

 

 

 

Benjamin Morel analyse la vie politique pendant la crise sanitaire

Sur le plan politique également, la crise due au Covid-19 a apporté questionnements et bouleversements. Benjamin Morel, docteur en sciences politiques de l’École Normale Supérieure de Paris-Saclay et maître de conférences à l'université Paris 2 Panthéon-Assas, s’exprime sur l’aspect inédit de la crise d’un point de vue judiciaire et le rôle du politique dans l’arbitrage du débat scientifique : « Du point de vue des moyens juridiques exceptionnels mobilisés [...], on est dans une situation qui n'a pas réellement de précédent » (France Culture, 05 avril 2020). Il évoque également le retour de l’État « qui peut décréter d’inonder l’économie de milliards, de fermer les frontières et d’assigner à résidence des millions de citoyens » (FigaroVox, 19 mars 2020), un retour selon lui plébiscité par la population. Enfin, il souligne la nécessité à venir d’analyser la crise a posteriori

 

Christian Perronne prône une médecine qui s’adapte au temps de crise

Christian Perronne est chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches (92) et professeur de maladies infectieuses et tropicales à l’Université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines. Il s’est prononcé dans France Soir (04 avril 2020) sur ce qu’il estime être l’inertie actuelle en termes de médecine : « On doit intégrer une certaine forme d’urgence dans la médecine ». Il préconise ainsi l’utilisation de l’hydroxychloroquine en combinaison avec l’azithromycine malgré l’absence d’études concluantes, arguant que les effets secondaires du médicament étaient négligeables : « Je le prescris moi-même depuis vingt ans, et n'ai jamais rencontré aucun problème à son sujet », (Marianne, 02 avril 2020).

 

Caroline Orset : « Pour une grande majorité des Français, le confinement n’est pas volontairement accepté. »

Caroline Orset, enseignante-chercheuse en sciences économiques (Unité Économie publique - Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech), a mené en 2018 une étude visant à évaluer le comportement hypothétique des Français s’ils se voyaient confinés pendant une épidémie de grippe. Elle a repris et résumé ses résultats dans un article paru sur le site The Conversation (18 mars 2020). Trois cas de figure ont été présentés aux personnes interrogées, présentant différentes modalités d’exposition au virus et de suivi médical. Elles ont été ensuite questionnées sur le nombre de jours pendant lesquels elles accepteraient d’être confinées dans chacun des cas. Parmi les résultats de l’étude : « les plus de 65 ans indiquent clairement qu’ils sont plus à même de respecter le confinement s’ils n’ont pas été en contact avec le virus [que les 18-64 ans] ». Néanmoins, pour de nombreux Français, le confinement ne serait pas volontairement accepté, et 63 % d’entre eux approuveraient une sanction pénale.

 

Didier Samuel : la mobilisation des étudiants de médecine et les greffes d’organes au ralenti

Didier Samuel, doyen de la faculté de médecine de l’Université Paris-Saclay, est intervenu dans les podcasts proposés par Pourquoi Docteur. Il a exprimé sa reconnaissance envers les étudiants en médecine de l’Université, mobilisés depuis le début de l’épidémie : « c’est très réconfortant de voir la mobilisation des étudiants face à une crise d’une ampleur exceptionnelle », (Pourquoi Docteur, 1er avril 2020). Il évoque aussi le ralentissement des opérations de greffe, dû à la fois à la charge des hôpitaux qui priorisent la prise en charge du Covid-19 et à la diminution du nombre de donneurs en cette période. Les opérations non urgentes sont repoussées. Cette épidémie peut ainsi « pénaliser les receveurs d’organes, et aussi [celles et ceux qui souffrent] d’autres pathologies qui sont en attente », (Pourquoi Docteur, 2 avril 2020).