Ciné-rencontre : Être femme et résister à l’État, hier et aujourd’hui. 7/11 à 14h

Ciné-rencontre : Être femme et résister à l’État, hier et aujourd’hui. 7/11 à 14h

2026-11-07 00:00 2026-11-07 00:00 Ciné-rencontre : Être femme et résister à l’État, hier et aujourd’hui. 7/11 à 14h

Projection du film « Toutes mes sœurs » de Massoud Bakhshi, précédé d'un extrait de la pièce « 1768 – Résister sous Louis XV, à la tour de Constance » de Jean-Jacques Néré.

Lumen - Université Paris-Saclay

Projection du film « Toutes mes sœurs » de Massoud Bakhshi, précédé d'un extrait de la pièce « 1768 – Résister sous Louis XV, à la tour de Constance » de Jean-Jacques Néré.

  • Conditions

    Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles

  • Dates
    Le 7 novembre 2026
    12:00 am - 12:00 am
  • Lieu
    Lumen - Université Paris-Saclay

La pièce :

La Troupe des Deux Vallées a créée cette pièce qui met en scène la libération des dernières prisonnières de la Tour de Constance. La Tour de Constance est une prison pour femmes depuis 1717. Y sont enfermées des « religionnaires » coupables d’avoir participé à des assemblées au Désert, ou de s’être mariées ailleurs qu’avec la bénédiction de l’église catholique romaine.
Au-delà du conflit religieux entre catholiques et protestants, cette pièce pose la question de la résistance, du choix entre la résignation et le refus de se soumettre. Ces femmes en sont un symbole que refuse d'entendre l'autorité royale qui craint la reprise des troubles.

Le film :

Grandir à Téhéran au XXIe siècle... De 2007 à 2025, au sein d'une famille aimante, dix-huit ans dans la vie de trois sœurs, de leur prime enfance à leur quotidien de jeunes femmes en quête de liberté.
Élevées dans la tradition, témoins des luttes d'une jeunesse en perpétuel mouvement, quel est leur avenir dans la société iranienne d'aujourd'hui ?

Né à Téhéran, Massoud Bakhshi a travaillé comme critique de cinéma, scénariste et producteur avant de réaliser 12 documentaires et courts métrages qui ont été primés dans le monde entier. Son premier long métrage de fiction, Une famille respectable, a été présenté au Festival de Cannes 2012 (Quinzaine des cinéastes) et son deuxième, Yalda, la nuit du pardon, a gagné le Grand Prix du Jury au Festival de Sundance 2020. Avec Toutes mes sœurs, il revient au cinéma documentaire.

ENTRETIEN AVEC MASSOUD BAKHSHI par Mahnaz Tischeh (extraits)
Comment ce projet a-t-il vu le jour ? Aviez-vous dès le départ l’idée d’une observation à long terme des sœurs ? Sur quelle période se déroule le film ?
L’idée du film est née juste après la naissance des deux sœurs, en 2005 et 2006. L’objectif principal était de faire un film sur elles grandissant et sur l’impact que les principes familiaux, culturels, éducatifs et traditionnels auraient sur elles.
Au départ, je prévoyais de les filmer dès leur plus jeune âge jusqu’à leurs 7 ans, moment où elles commencent l’école primaire.
Mais au fil du tournage, je me suis rendu compte que cette démarche ne pouvait pas s’arrêter à leurs 7 ans, et que ce qui venait ensuite était encore plus intéressant. C’est pourquoi j’ai continué à filmer, en remodelant les idées du scénario en fonction de la réalité qui évoluait. Le film contient donc des images tournées sur 18 ans (de 2007 à 2025) et suit la croissance des sœurs à travers les grandes phases de l’enfance (jeux, maternelle, école primaire), de l’adolescence (lycée, puberté, fin d’études) et du début de l’âge adulte (entrée à l’université, obtention du permis de conduire, engagement social…).
Considérez-vous votre film comme un film « sur les enfants », dans la tradition bien connue du cinéma iranien ?
Je pense que tout film iranien est, d’une certaine manière, un film social. Il est vrai que dans les années 1970, 80 et 90, les films « sur » et « avec » des enfants ont constitué un courant célébré du cinéma iranien. Ce genre a été reconnu et salué internationalement, avec des réalisateurs comme Abbas Kiarostami, Amir Naderi, Bahram Beyzaie.
Mon film est, avant tout, un film humain, sur le fait de grandir. Mais plus encore, c’est un film sur les femmes, accessible à tous les pays et toutes les cultures, car les personnages sont des filles et des mères de différentes générations. Les hommes, eux, sont absents du film.
D’ailleurs, pendant des années, le projet s’intitulait Filles et Mères, avant d’être renommé Soeurs, puis Trois Sœurs (titre iranien), et enfin Toutes mes soeurs (titre international).
La situation des femmes a-t-elle changé ces dernières années ?
Depuis quelques décennies, de manière générale, la situation socioculturelle de la jeune génération a connu une évolution progressive, malgré des hauts et des bas. Cela concerne surtout les femmes, non seulement en raison de leurs fortes attentes, exprimées avec courage, mais aussi de leur conscience et de leur lucidité. Ce qui est important, c’est que cette conscience — qui naît souvent dès l’adolescence — influence les femmes et les hommes plus âgés, plus traditionnels. Cette influence conflictuelle secoue la société iranienne et la pousse à avancer. C’est ce qui en fait l’une des sociétés les plus intéressantes en mutation dans le monde.
Comment les jeunes femmes vivent-elles cette dichotomie entre les concepts moraux traditionnels, la religion et les opportunités offertes par les réseaux sociaux et Internet ?
Je pense que cette dualité fait partie de notre culture et de notre identité depuis longtemps. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, elle devient plus évidente, parfois plus étrange, mais aussi plus intéressante.
Ce qui est fascinant, c’est l’énorme curiosité, la soif de connaissance chez les jeunes, et leur forte volonté de choisir et de construire un avenir meilleur, malgré les difficultés, et pas forcément par l’émigration. Même si beaucoup choisissent cette voie.
Ceux et celles qui font le choix de rester en Iran pour revendiquer leurs droits m’intéressent particulièrement. Ce sont souvent les plus conscients de cette dualité.
Considérez-vous votre film comme une métaphore de la société iranienne ? Ou plutôt comme un documentaire réaliste pur ?
Je pense que toute forme d’art est, d’une certaine manière, métaphorique. Toutes les œuvres qui m’ont marqué contiennent une forme de métaphore. Je ne sais pas si les spectateurs verront des métaphores dans ce film, mais moi, j’en perçois dans chaque scène.
Sans elles, il serait plus difficile de comprendre ou de supporter la réalité brute. Mais bien sûr, chaque spectateur est libre d’interpréter le film à sa manière.