Win MS : surveiller les câbles grâce à sa technologie dédiée
La start-up Win MS, cofondée en 2012, valorise une technologie issue du CEA et dédiée à la surveillance des câbles. Elle s’impose dans l’aéronautique et à l’international. Elle mise sur la réflectométrie avancée et poursuit aujourd’hui sa croissance et ses développements technologiques.
Win MS naît de la rencontre en 2011 entre Arnaud Peltier, alumnus de l’Université Paris-Saclay et cofondateur de la French Tech Paris-Saclay, et Marc Olivas, chercheur au CEA-List, lors de l’événement HEC Start-up InVitro. Cet événement avait pour vocation de se faire rencontrer des diplômés aspirant à devenir entrepreneurs mais n’ayant pas de projet, et des chercheurs ayant des technologies à valoriser mais n’aspirant pas nécessairement à se lancer dans l’entrepreneuriat. Les deux protagonistes décident alors de devenir associés afin de créer la start-up Win MS en 2012.
Cette spin-off du CEA exploite une technologie destinée à la surveillance des câbles électriques, et déjà validée par de nombreux brevets et plus de dix ans de recherches. « Nous avions la technologie, mais pas encore d’idée pour ses applications. Nous avons réalisé des centaines d’interviews dans le but de comprendre quels étaient les besoins du marché. C’est comme cela que nous avons commencé à travailler sur la maintenance et la production aéronautiques », développe Arnaud Peltier. Les solutions de détection et de localisation précise de défauts développés par la start-up fiabilisent ainsi le fonctionnement des équipements.
Des opérateurs civils et militaires, ainsi que des constructeurs, adoptent les solutions proposées par la start-up. Le duo de fondateurs de Win MS a également développé un produit pour la surveillance des câbles de voies ferrées dans le cadre de la maintenance et de la lutte contre le vol. Malgré un système performant, la commercialisation n’a pas été un grand succès et Win MS a abandonné cette voie.
Néanmoins, dès sa création, la start-up parvient à dégager un chiffre d’affaires. En 2013, elle réalise ses premières ventes au Moyen-Orient (Émirats arabes unis et Qatar) et ouvre dans les années suivantes une filiale à Singapour et à Atlanta (États-Unis). Après une première levée de fonds en 2014, elle poursuit sa croissance jusqu’en 2020, au moment de la pandémie de Covid-19, où elle se restructure pour se concentrer sur le développement. En 2024, elle lance une spin-off, baptisée SPRKTech qui se spécialise dans les activités embarquées.
« Depuis, nous essayons de créer de la confiance tout en développant notre croissance grâce à de nouveaux produits basés sur différentes technologies. Avec notre portefeuille, nous avons assis une forme de réputation qui nous permet de discuter avec les professionnelles et professionnels pour leur apporter des solutions », explique le cofondateur.
Une technologie basée sur la réflectométrie
La technologie développée par Win MS repose sur la réflectométrie. « Nous injectons une impulsion sur un guide d’onde, c’est-à-dire le câble. Chaque impulsion qui rencontre une variation d’impédance va réfléchir une partie de l’énergie. C’est ce signal que nous captons pour le caractériser, déterminer le temps entre l’injection et le retour afin de trouver où se situe le défaut », ajoute Arnaud Peltier. Pour ces produits, Win MS utilise en particulier la réflectométrie MCTDR (Multi-Carrier Time Domain Reflectometry), une méthode de réflectométrie multiporteuse dans le domaine temporel. Plutôt que des impulsions, cette méthode envoie une série de sinusoïdes. Les avantages sont multiples : le signal peut être ajusté en fréquence et se positionner dans des plages de mesures appropriées. Certaines fréquences peuvent être exclues ou réduites afin de ne pas interférer avec les systèmes alentour ou perturber la mesure. « C’est une réflectométrie tout terrain », se félicite le cofondateur.
Grâce à cette technologie, il est possible d’analyser les câbles et de les surveiller de manière plus rapide. En effet, les systèmes de mesures classiques impliquent l’utilisation d’un multimètre avec une inspection visuelle, sans pour autant déterminer où se situe le problème. « Les éléments doivent être démontés pour accéder aux interconnexions et trouver la source de l’erreur. Sachant qu’ils devront être remontés après. Notre produit, en se branchant à une extrémité du câble, détermine où est le défaut. Il permet aussi de capter et d’identifier des défauts brefs qui ne sont pas détectables autrement », ajoute Arnaud Peltier. Sachant que les avions sont équipés de plusieurs kilomètres de câbles difficiles d’accès, on comprend l’atout de taille que représente cette technologie, d’autant que les flottes aéronautiques doivent voler pour être rentables, ou être opérationnelles rapidement dans le cas d’une mobilisation militaire d’urgence.
La start-up conçoit, fabrique et commercialise des appareils qui sont vendus à des opérateurs et opératrices formées par Win MS. « Nous proposons des produits qui ne fonctionnent pas avec la MCTDR, mais avec d’autres technologies plus classiques comme la FDR (frequency domain reflectometry, ou réflectométrie dans le domaine fréquentiel) ou l’OTDR (Optical Time Domain Reflectometer, ou réflectomètre optique temporel) pour la fibre optique. Notre valeur ajoutée réside dans notre traitement du signal », explique Arnaud Peltier. Win MS, qui utilise déjà l’intelligence artificielle afin d’augmenter sa productivité, commence à intégrer de l’IA dans ses solutions pour l’analyse des signaux.
Un écosystème favorable
Depuis ses débuts, Win MS s’intègre pleinement dans l’écosystème du plateau de Saclay. « Nous avons beaucoup travaillé avec le CEA au démarrage, puis nous avons poursuivi un parcours de start-up classique : nous avons été incubés chez IncubAlliance Paris-Saclay et soutenus par le réseau Entreprendre Essonne. Nous avons également suivi le programme Challenge Plus de HEC. Nous avons rejoint le bâtiment 503 de l’Institut d’Optique Graduate School, puis les locaux de CentraleSupélec en tant que scale-up », explique le cofondateur. Aujourd’hui, Win MS loge ses dix employées et employés dans la ferme du Moulon, sur le campus de l’Université Paris-Saclay, à Gif-sur-Yvette. Elle a travaillé en collaboration avec le laboratoire de Génie électrique et électronique de Paris (GeePS – Univ. Paris-Saclay/CentraleSupélec/CNRS/Sorbonne Univ.) et la société Innowide, qui conçoit du hardware. Elle a également accès au fablab de CentraleSupélec.
« Nous sommes très engagés dans l’écosystème de Paris-Saclay, qui favorise la création, avec beaucoup d’acteurs et d'actrices et un choix très vaste. Nous sommes convaincus du modèle de regroupement mis en place. Nous avons connu un développement significatif, car nous avons souhaité être impliqués. Il y a un actif scientifique extraordinaire qu’il faut transformer en actif économique. Le potentiel est gigantesque », ajoute Arnaud Peltier.
Plusieurs axes de développement
Pour l’instant, la start-up ne prévoit pas de nouvelle levée de fonds puisqu’elle parvient à être rentable et à assurer son développement. Dans les prochaines années, Win MS entreprend de se concentrer sur trois axes. Le premier axe est celui d’une extension géographique. Avec déjà une filiale à Atlanta (États-Unis), où elle s’appuie surtout sur des partenaires et des freelances plutôt que des salariées et salariés en propre, Win MS ouvre en avril 2026 un bureau au Vietnam pour cibler le marché asiatique. « La pandémie de Covid-19 a été un choc significatif. Mais la première zone du monde à repartir a été l’Amérique du Nord, et c’est désormais dans cette région que nous faisons plus de la moitié de notre chiffre d’affaires. L’Europe a aussi bien repris et cela s’accélère en Asie, d’où notre envie de nous y implanter », explique le cofondateur. Le deuxième axe est sectoriel. Si la start-up fournit déjà l’aviation commerciale et croit dans la défense, elle compte étendre ses activités dans le domaine naval pour la production de bâtiments de surfaces et de sous-marins. Avec un partenaire suédois, elle investit aussi le marché automobile. Enfin, elle va continuer à développer ses produits pour élargir son portefeuille et toucher de nouvelles applications.