Synaptys Neuroscience : prévenir la maladie d’Alzheimer avec une thérapie combinatoire
Utilisées pour traiter différentes pathologies comme l’infection par le VIH ou le cancer, les thérapies combinatoires s’attaquent à la maladie d’Alzheimer grâce aux travaux de la start-up Synaptys Neuroscience. Avec sa combinaison de molécules, elle entend ralentir le déclin cognitif et permettre aux patientes et patients une meilleure qualité de vie. Elle est accompagnée par des établissements membres du Pôle universitaire d’innovation Innovation Alliance Université Paris-Saclay.
Ancien de l’industrie pharmaceutique reconverti en entrepreneur depuis une quinzaine d’années, Sébastien Lasnier crée en février 2024 la start-up Synaptys Neuroscience, qui développe un candidat-médicament capable de ralentir la maladie d’Alzheimer. « Nous abordons cette pathologie par une approche combinatoire. Nous associons deux molécules hautement synergiques au sein d'un seul traitement. Ce genre de thérapie existe dans plusieurs domaines, en combinaison ou en association : contre l’infection par le VIH avec la trithérapie, en oncologie avec la bithérapie, alors que pour la maladie d’Alzheimer il n’y a rien. C'est ma conviction depuis quinze ans et aujourd’hui c'est devenu le gold standard de la recherche contre la maladie d’Alzheimer. Avec l'aide de l'IA, cette discipline va s'accélérer. C'est pour ces raisons que cette approche combinatoire, qui plus est dans une maladie multifactorielle, me paraissait évidente », développe le fondateur de la start-up.
Pour cela, Synaptys Neuroscience emploie deux molécules. Grâce à une méta-analyse pratiquée par l’AP-HP sur 24 000 patientes et patients, il a été montré que la première molécule réduit la mortalité chez les patientes et patients démentes et déments. Une deuxième étude réalisée par l’université d'Harvard sur 1 000 patientes et patients fait ressortir que la seconde molécule agit sur au moins deux des processus du vieillissement cellulaire. « Ce n’est pas juste une simple addition de molécules, il y a un véritable effet synergique et c’est ce que l’on cherchait. Nous avons l’exclusivité mondiale de l’utilisation des deux en combinaison pour traiter la maladie d’Alzheimer », ajoute le fondateur. La start-up a réussi à montrer des résultats positifs in vitro dans une étude réalisée en 2022 : d’après Sébastien Lasnier, « 42 % des neurones ont été sauvés », alors que les molécules seules ne préserveraient que 2 % à 8 % des neurones.
Une formulation complexe
La formulation de ces deux molécules a pris du temps parce que l’une est hydrophobe et l’autre hydrophile. L'une des deux agit comme un anti-glutamate, le glutamate étant le neurotransmetteur excitateur principal du système nerveux central. Cet acide aminé intervient dans la transmission de l’influx nerveux et de l’information entre les neurones. Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, c’est ce système qui dysfonctionne.
L’une des deux molécules employées par Synaptys Neuroscience est une vitamine D, qui va alors influencer principalement le cycle du calcium. L'autre, la mémantine, agit sur les récepteurs NMDA, activés par le glutamate et essentiels à la mémoire et à la plasticité synaptique. « Le NMDA laisse passer le calcium qui transmet le message aux neurones. Notre molécule, tout comme la vitamine D, agit sur la synapse et la qualité du calcium, d’autant qu’elle a des effets anti-inflammatoires. Une étude récente a également montré qu'elle aurait une incidence sur le nettoyage des plaques amyloïdes qui sont impliquées dans le développement de la maladie d’Alzheimer », précise Sébastien Lasnier.
Pour développer leur candidat-médicament, la start-up est passée par quatre étapes. La première a été de découvrir les bonnes molécules, ce qui a pris deux ans. Ensuite, le ciblage : il a fallu identifier le bon récepteur et, une fois ceci fait, la cible précise ou le bon site à viser sur ce récepteur. Parce que comme le rappelle Sébastien Lasnier, « si on touche juste au-dessus de notre cible, notre substance peut avoir des effets hallucinogènes ».
Au cours de la troisième phase, les chercheuses et chercheurs se sont intéressés à la chronopharmacologie, c’est-à-dire le moment où le principe actif doit être délivré dans l’organisme. Enfin, il restait à en déterminer les doses optimales, qui sont de l'ordre nanomolaire (nM). Un sujet complexe, car les récepteurs se bloquent s’ils sont trop sollicités. « Nous avions une fenêtre assez serrée pour que l’ensemble fonctionne. Ces quatre éléments sont indissociables et brevetés. Nous avons travaillé cinq ans sur ces thématiques », se félicite le fondateur. Plusieurs brevets ont déjà été déposés et une preuve de concept a été réalisée.
Agir en amont de la maladie
Trois stades sont envisagés pour traiter la maladie : les symptômes, le ralentissement du déclin cognitif et le curatif. Malheureusement, pour ce dernier aspect, aucune procédure n’a jusqu’à ce jour montré de résultats satisfaisants, reconstruire des neurones détruits étant pour l’instant inatteignable. Les traitements symptomatiques existent, mais sont peu prescrits car ils n'ont pas d'effet sur l'évolution de la maladie. « Le laboratoire Biogen et E.Lilly ont sorti des anticorps monoclonaux qui montreraient un premier effet sur le déclin cognitif mais ils coûtent 100 000 euros par an. D’autant que seules des patientes et patients avec un génotype particulier peuvent en bénéficier », explique Sébastien Lasnier.
Autrefois les diagnostics se faisaient par ponction lombaire, mais depuis 2025 il est possible de se faire dépister par simple prise de sang. Cependant, en l’absence de traitement préventif convenable, ils n’ont aucun intérêt. En revanche, si le médicament de Synaptys Neuroscience voit le jour, cela changerait la donne. « Avec notre traitement, nous pourrions sauver presque un neurone sur deux. Pris sur 20 ans, il retarde les symptômes, qui arrivent deux fois plus tard. C’est un enjeu essentiel. Notre médicament peut vraiment changer la vie des malades », ajoute Sébastien Lasnier.
D’autant que cette pathologie coûte très cher au système de soins : 3 400 euros par personne, selon le fondateur. Un médicament, sous forme de gouttes ou de comprimés, comme celui développé par la start-up, vendu entre 200 et 500 euros, viendrait grandement limiter les frais.
Une mise sur le marché en 2030
Les six associés de la start-up sont installés sur le plateau de Saclay pour « bénéficier du puissant écosystème comprenant la SATT Paris-Saclay, des incubateurs publics, des laboratoires de recherche publique et privée de renommée internationale », se réjouit Sébastien Lasnier. Dès le début de son histoire, Synaptys Neuroscience est ainsi accompagnée par IncubAlliance Paris-Saclay, l'incubateur public du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, et le Genopole. La start-up reçoit ses premières subventions en 2024 de Bpifrance. La première levée de fonds est finalisée en février 2026 pour une somme de 500 000 euros auprès de business angels. « Nous allons avoir les résultats de notre étude in vivo en octobre et nous pourrons passer sur notre seed de 2,6 millions d’euros. La phase clinique débutera en 2028 avec une série A de 35 millions d’euros. Dès 2030, nous pourrons finaliser les premiers échanges avec des laboratoires pharmaceutiques afin de poursuivre les derniers essais nécessaires et mettre au plus vite notre médicament sur le marché », explique Sébastien Lasnier.
La start-up dédie en outre un million d’euros pour la constitution des dossiers réglementaires pour obtenir l’approbation de l’agence européenne des médicaments (EMA) et la Food and Drug administration (FDA) états-unienne. Elle collabore également avec l’Inserm, le CEA et des Contract Research Organisations (CRO ou, en français, sociétés de recherche contractuelle) pour réaliser ses essais, car elle ne possède pas de laboratoire propre. En avril 2026, elle a été nommée Alzheimer’s Drug Development Company of the Year 2026 par Global Health & Pharma (GHP).