Solène Valery, doctorante – la dyspnée, enjeu majeur de santé publique

Portrait de chercheur ou chercheuse Article publié le 24 février 2026 , mis à jour le 24 février 2026

Diplômée de la Faculté de Médecine de l’Université Paris Cité, Solène Valery s’est progressivement orientée vers la pneumologie, et plus particulièrement vers l’asthme, au fil de ses expériences et rencontres. Convaincue de l’importance de l’enseignement, elle souhaite associer pratique clinique, enseignement et recherche. Elle a ainsi entrepris une année de recherche au sein du Master ECLiPE (Épidémiologie clinique et pharmaco-épidémiologie) à Sorbonne Université et est aujourd’hui doctorante au CESP à l'Université Paris-Saclay, où elle prépare une thèse de sciences en pneumologie au sein de l’équipe de Rachel Nadif (Épidémiologie respiratoire intégrative).

La dyspnée : un marqueur de santé globale encore insuffisamment étudié

La dyspnée est décrite comme une « expérience subjective d’inconfort respiratoire faite de sensations diverses qui peuvent varier en intensité » (American THoracic Society Statement, Parshall MB et al. AJRCCM, 2012). Ce symptôme est associé à une augmentation du recours aux soins d’urgence, à une durée d’hospitalisation plus longue, ainsi qu’à un risque accru de mortalité, dont il constitue un prédicteur indépendant.

De nombreux facteurs influencent la dyspnée : environnement (pollution), facteurs individuels (pathologies cardiaques, activité physique, tabagisme), ou encore caractéristiques psychosociales. Pourtant, on l’associe souvent à une cause unique (« je suis en surpoids, donc je suis essoufflé »). À ce jour, aucune approche véritablement holistique n’a permis d’identifier l’ensemble des déterminants de la dyspnée, et sa prévalence en population générale en France reste peu étudiée.

Bien qu’il soit connu que la dyspnée est un facteur de risque de mortalité et source de handicap dans ces populations spécifiques, son aspect subjectif (contrairement à la douleur) est insuffisamment étudié entrainant un manque de données en termes de santé publique, de pronostic, de consommation de soins et de mortalité.

Solène Valery vise à combler ces lacunes à travers trois objectifs principaux :

  1. Caractériser la dyspnée chronique et sa prévalence.
  2. Identifier les facteurs associés.
  3. Étudier son évolution et son impact sur la santé globale en population générale.

 

Méthodologie : évaluer un symptôme subjectif

La mesure de la dyspnée est complexe du fait de sa nature subjective, dépendante de la perception du patient. Plusieurs outils ont été développés : échelle de Sadoul, Dyspnea-12, NYHA, ou encore Multidimensional Dyspnea Profile. L’échelle la plus utilisée demeure toutefois l’échelle du Medical Research Council, modifiée en 1960 (mMRC). Fonctionnelle, simple d’utilisation, elle permet une collecte de données fiable en population générale.

Dans cette échelle, les stades ≥ 2 sont considérés comme sources de handicap.
 

Population d’étude : la cohorte Constances

L’analyse repose sur les données de la cohorte Constances, qui inclut plus de 200 000 participants. Après exclusion des personnes n’ayant pas renseigné l’échelle mMRC ou leur statut tabagique, ainsi que des sujets aux stades ≥ 2 n’ayant pas réalisé de spirométrie valide, la population étudiée comprend 114 346 participants.

La dyspnée chronique : un symptôme multifactoriel

Solène Valery a pu analyser la prévalence de la dyspnée au regard de nombreux facteurs : sexe, tabagisme, âge, indice de masse corporelle, fonction ventilatoire, dépression, niveau d’étude, indice de désavantage social, etc. Tous ont montré un impact significatif. Par exemple, le risque de dyspnée augmente avec l’âge, et la dépression est fortement associée à l’apparition de ce symptôme.

La multiplicité des facteurs rend cependant difficile la définition d’un « profil typique » de personne dyspnéique.

La clusterisation : identifier trois grands profils

Afin de mieux caractériser les personnes présentant de la dyspnée chronique et d’en comprendre les déterminants, une procédure de clusterisation a été appliquée. Trois profils principaux ont émergé :

  • Profil 1 – Profil de référence (45 % de la population)

    Population majoritairement féminine, d’âge intermédiaire, en couple et socialement favorisée. Faible exposition tabagique et environnementale, peu symptomatique. L’essoufflement y est présent mais peu sévère, et peu de facteurs modifiables majeurs sont identifiés.

  • Profil 2 – Jeunes adultes socialement défavorisés (27 %)

    Profil principalement féminin, jeune, vivant seul, très défavorisé sur le plan social et souvent issu de zones géographiques précaires. Nombreux facteurs de risque cumulés : tabagisme actif, pathologies respiratoires (asthme, bronchite, rhinite), obésité, anémie, neutrophiles élevés, consommation excessive d’alcool.
    Ce groupe présente un risque accru de dyspnée sévère et une probabilité plus faible d’atteindre un niveau d’activité physique suffisant.

  • Profil 3 – Hommes âgés et comorbides (27 %)

    Majoritairement masculin, plus âgé, revenu moyen, niveau d’études faible, forte exposition professionnelle ou environnementale à la pollution (VGDF). En plus de leur désavantage social important, leur profil clinique est le plus sévère des trois profils : ils ont une obésité marquée, des comorbidités cardio-rénales et du diabète, une mauvaise fonction ventilatoire, des éosinophiles élevés.
     

L’identification de ces trois profils contribue à améliorer la compréhension de la dyspnée et ouvre des perspectives en matière de prévention ciblée.
 

Perspectives

Les travaux de Solène Valery ne constituent qu’une première étape. De nombreux axes restent à explorer, notamment l’impact du genre : hommes et femmes semblent en effet inégaux face à ce symptôme. Une analyse plus fine des clusters, en particulier selon le sexe, constitue l’une des pistes prioritaires qu’elle entend poursuivre dans le cadre de ses recherches.