Green Fusyon : une innovation locale, au service des protéines alternatives
La start-up Green Fusyon, créée en 2024, valorise des coproduits de méthaniseurs pour produire de la chlorelle, une microalgue riche en nutriments. Elle est soutenue et accompagnée par les membres d’Innovation Alliance Université Paris-Saclay, le Pôle universitaire d’innovation porté par l’Université Paris-Saclay.
Face à la transition écologique, une nouvelle façon de s’alimenter voit le jour depuis quelques années : insectes comestibles, coproduits et algues font leur entrée dans les assiettes comme alternatives aux protéines animales. Issu de l’industrie des insectes, Jacques de Montigny, cofondateur de la start-up Green Fusyon créée en 2024, dresse le constat suivant suite à sa participation à plusieurs salons professionnels autour de l’alimentation en Europe : les algues, à la base de nombreux produits, présentent des qualités nutritionnelles prometteuses pour le marché alimentaire. Majoritairement commercialisée sous forme de compléments alimentaires, cette matière première est soumise à une forte demande. Or, l’offre reste limitée, avec une production concentrée à près de 90 % en Asie. C’est ainsi qu’est née l’idée de développer une production locale d’algues, compétitive et à faible empreinte carbone.
C’est le point de départ du projet de Green Fusyon, qui a pris forme grâce à la rencontre de Jacques de Montigny avec un expert des enjeux liés à la méthanisation, une filière en plein essor en France. Ce processus de décomposition transforme des déchets organiques en biogaz (méthane, dioxyde de carbone et d’autres gaz) destiné à la production d’énergie, et en une matière fertilisante. Jacques de Montigny et son collaborateur imaginent comment valoriser des déchets inutilisés des méthaniseurs en les transformant en nourriture pour cultiver une microalgue, la chlorelle, à la base de nombreux compléments alimentaires.
Vers une chlorelle locale, durable et accessible
La chlorelle est aujourd’hui la deuxième microalgue la plus consommée au monde. Cela s’explique par ses qualités nutritionnelles : très riche en protéines, elle contient des oméga-3 comparables à ceux de l’huile de poisson, une rareté dans le monde végétal, et constitue la seule source végétale de vitamine B12. Ces atouts en font un complément alimentaire très prisé, donc très onéreux. « Pour les particuliers, son prix peut atteindre jusqu’à 150€ le kilo et pour un industriel, il est difficile de trouver de la chlorelle de qualité en dessous de 60 €/kg et il s’agit généralement d’une chlorelle de qualité variable importée d’Asie. », explique Jacques de Montigny.
Si de nombreux industriels souhaitent intégrer la chlorelle dans leurs formulations, le coût de production trop élevé et l’absence de sourcing local les en empêchent. C’est à ce niveau qu’intervient Green Fusyon : produire en Europe une chlorelle de qualité, tout en réduisant les coûts de production. « Grâce à notre technologie, on devrait atteindre 20 % du prix actuel de la chlorelle », affirme le cofondateur de la start-up.
À partir de cahiers des charges industriels précis, l’équipe a travaillé à l’élaboration de solutions innovantes en s’appuyant sur un partenariat avec les méthaniseurs. Outre du biogaz, dont du CO2, un méthaniseur génère aussi un liquide riche en azote, difficile à transporter et à valoriser. Ces coproduits, considérés comme des contraintes, deviennent pour Green Fusyon de véritables ressources car ce sont ces deux éléments dont la chlorelle a besoin pour pousser. Le CO₂ et l’azote produits sont récupérés et utilisés comme nutriments pour la culture de la chlorelle. Cette culture est réalisée directement sur site dans de grandes cuves fermées en inox, sous lumière contrôlée et dans un environnement maîtrisé. « On obtient une algue nutritive, moins chère, locale et écologique. Ce qui ouvre un potentiel de développement majeur pour le marché alimentaire européen », ajoute le cofondateur.
S’entourer pour réussir, le rôle clé des membres d’Innovation Alliance Université Paris-Saclay
En 2024, Green Fusyon devient la lauréate de plusieurs concours, dont Agrinove qui récompense les projets contribuant à l’agriculture de demain, et le Next Startupper Award du salon international Viva Technology. Depuis, Green Fusyon a su s’imposer dans le paysage local et national deeptech, en s’appuyant sur des leviers qui lui ont permis d’atteindre sa maturité actuelle.
Ingénieur et diplômé du master Innovation et performance dans les entreprises du vivant (IPEV), un double diplôme d’AgroParisTech et de l’Université Paris-Saclay, Jacques de Montigny a pu compter sur tout un écosystème pour l’épauler dans le démarrage du projet. Le premier soutien déterminant est venu d’AgroParisTech. Lauréat du jury maturation du programme « itinéraire entrepreneuriat », le jeune agronome a bénéficié d’un premier financement, indispensable au démarrage du projet. « Sans ce prix, nous n’aurions jamais pu lancer notre prototype et l’entreprise n’aurait sans doute pas vu le jour aussi rapidement », confie-t-il.
Jacques de Montigny a également bénéficié du statut étudiant-entrepreneur du Pépite Peips, un dispositif labellisé par l’État qui accompagne les projets entrepreneuriaux étudiants. Ce cadre lui a permis de réaliser son stage de six mois au sein de sa propre entreprise. « Cela m’a donné l’opportunité de m’y consacrer à 100 %, ce qui a véritablement accéléré le lancement du projet. »
Sur le plan technique et scientifique, Green Fusyon est accompagnée par le Food’InnLab d’AgroParisTech, un dispositif dédié à l’accompagnement des porteurs et porteuses de projets des secteurs agri-agro. « C’est une véritable force de frappe en R&D et un avantage considérable par rapport à d’autres entreprises. » L’équipe peut également compter sur l’accompagnement de son mentor, Grégoire Burgé, directeur-adjoint en charge de l’innovation à AgroParisTech et coordinateur des InnLab de l’école. Il la guide et intervient sur les aspects administratifs, le montage de dossiers et lui ouvre l’accès à un réseau de partenaires de l’industrie agroalimentaire. En complément, la start-up est soutenue par l’accélérateur 21st de CentraleSupélec, qui accompagne l’équipe sur les questions de financement comme les levées de fonds, de stratégie globale et de mise en réseau. « Ces deux dispositifs d’accompagnement se révèlent particulièrement complémentaires dans notre développement », confie l’entrepreneur.
Mais l’accompagnement ne s’arrête pas là. À l’échelle du territoire, Green Fusyon a rejoint la French Tech Paris-Saclay, partenaire du PUI porté par l’université. « C’est un dispositif gratuit, ce qui n’est pas négligeable pour une petite entreprise comme la nôtre. C’est grâce à elle que nous avons trouvé nos locaux à la ferme du Moulon. » L’association assure aussi la mise en relation avec des acteurs et actrices industriels majeurs. En juin 2025, Greenfusyon a eu l’opportunité de présenter sa solution sur le stand de l’Université Paris-Saclay à Viva Technology. « C’est un vrai coup de projecteur pour nous. Mis bout à bout, l’ensemble des acteurs et actrices du plateau de Saclay nous aide à franchir chaque étape : technique, business, stratégique, financière et réseau », résume Jacques de Montigny.
L’entreprise, qui a implanté son premier site de production en Normandie en juin 2025, se prépare désormais à franchir une nouvelle étape et à passer progressivement de l’échelle pilote à celle industrielle. La commercialisation à grande échelle est prévue avec l’ouverture complète du site normand, à l’horizon 2028. Une longue route attend encore l’équipe mais elle reste portée par sa vision, son ambition et un écosystème engagé et proactif.