Debecom : l’Internet en BtoB
Grâce à son antenne intelligente et un système d’installation accessible, la start-up Debecom optimise le réseau Internet. Au départ orientée vers les particuliers, elle opère aujourd’hui un virage vers le BtoB à destination des opérateurs et entreprises en quête de haut débit. Focus sur cette jeune pousse partenaire de CentraleSupélec.
L’histoire de la start-up Debecom commence par une scène qui rappellera à tout le monde des souvenirs : des enfants qui errent dans la maison en quête d’une meilleure connexion Internet. Cette scène, Laurent Fournier, le cofondateur de la start-up, l’a vécu à maintes reprises. Ayant réalisé toute sa carrière dans les télécoms, il veut offrir un wifi stable à ses enfants. « Avec mon cofondateur Dominique Toubin qui avait le même problème chez lui, nous avons imaginé une box dont la réception ne serait pas détériorée à cause des obstacles comme les murs et les fenêtres. C’est ainsi que nous avons conçu la DjeeBox, avec une installation simple et rapide offrant des performances de qualité, même dans les zones peu couvertes », ajoute le cofondateur.
En 2019, le duo crée la start-up Debecom et débute dès 2020 des travaux avec le laboratoire Supélec ONERA DSTA Research Alliance (Sondra — Univ. Paris-Saclay/ONERA/CentraleSupélec/DSO National Laboratories/National University of Singapor) afin de développer le système. Un an plus tard commencent le lancement commercial pour le grand public et l’occasion de tests grandeur nature, qui durent pendant un an et demi. 350 foyers sont ainsi équipés dans le but de mettre au point le produit et de s’assurer de sa pérennité. « À la fin de ces essais, qui ont été concluants, nous avons souhaité nous orienter plus sur du BtoB, les coûts marketing pour toucher le grand public étant trop élevés. Désormais, nous proposons nos produits à des opérateurs d’entreprise ou plus classiques comme Orange ou Bouygues Telecom », ajoute Laurent Fournier.
Une antenne intelligente
Dans de nombreuses box classiques, les débits descendants, ceux qui permettent de recevoir, sont très bons, au contraire des montants, pour l’émission, qui restent moins performants, car le signal est atténué par les obstacles comme les murs ou les portes. D’autant que les fréquences mises à disposition par les opérateurs pour la 5G sont assez élevées. Or, plus la fréquence est élevée, plus elle a du mal à pénétrer dans les bâtiments. « La vitesse de la transmission montante est très importante pour ne pas être pixélisé en visioconférence par exemple. De plus en plus d’appareils ont des qualités qui augmentent le besoin en vitesse. Les box 5G apportent ainsi une réponse par rapport aux box 4G d’ancienne génération. Dans notre cas, en séparant la partie Wifi de la partie 5G sous la forme de deux boîtiers qui émettent de chaque côté de la fenêtre, nous améliorons considérablement le signal. En couplant le récepteur 5G avec un système antennaire développé avec le laboratoire Sondra, nous arrivons à multiplier par dix les vitesses d’envoi comparées aux box intérieures », explique le cofondateur. La DjeeBox s’installe sur 98 % des fenêtres grâce à système d’aimantation breveté. Les boîtiers peuvent ainsi être placés et déplacés facilement pour capter le meilleur signal possible.
Le boîtier extérieur possède une antenne particulière et brevetée, qui présente un diagramme de rayonnement similaire à celui d'un ballon. Ainsi, quelle que soit la fréquence utilisée, l’antenne apporte un grain de 7 dB sur l’ensemble des directions. « C’est très intéressant parce que peu importe où se situe l’utilisateur ou l’utilisatrice, il peut obtenir le maximum d’efficacité. Alors que dans le cas de box dites classiques, plus la fréquence monte (comme c’est le cas pour la 5G), moins bonne est la réception », commente Laurent Fournier. Debecom a également breveté une antenne intelligente : un filtre logiciel vient trier les fréquences mises à disposition par les opérateurs pour obtenir le plus important débit possible. « Nous jouons ainsi avec les paramétrages pour faire en sorte de profiter de la meilleure qualité. Les opérateurs sont contents parce que leur réseau mobile est avant tout optimisé pour les téléphones mobiles, ce qui les empêche de pouvoir adapter tous leurs paramètres aux systèmes de box fixes. Grâce à notre produit, ils conservent leurs réglages et nous les adaptons pour les box fixes, tout en restant conformes aux normes du secteur », se réjouit le cofondateur.
Le duo travaille avec plusieurs acteurs, qui restent confidentiels, afin de développer une antenne pilotable automatiquement. « Nous finalisons les derniers éléments et nous n’avons pas encore de première commande. Mais cette antenne nous permettra de toucher beaucoup de monde parce que de nombreuses entreprises n’ont pas des routeurs 4G très optimisés, ce que peuvent résoudre nos antennes intelligentes », précise le cofondateur.
La start-up s’est également penchée sur la réduction de la taille de ses équipements, deux cubes de 15 cm de côtés et 4,5 cm d'épaisseur, ce qui n’est pas de tout repos. « Nous avons réussi à diminuer la dimension de 40 % pour la nouvelle version. Le gros challenge était de parvenir à conserver les performances. Nous avons aussi travaillé à la mise en œuvre du système antennaire dont la directivité et le gain sont pilotés électriquement. Mais le problème est le suivant : si on gagne en directivité, on perd en gain. Pour les fréquences élevées, ces systèmes existent déjà, mais tout le défi consiste à obtenir du gain sur les fréquences intermédiaires ou basses », détaille Laurent Fournier.
Se développer à l’international
La start-up est accompagnée dès ses débuts grâce à Bpifrance qui l’a aidé à développer une application pour smartphone. Cette dernière, destinée à l’utilisateur ou l’utilisatrice finale, détermine où se situe le meilleur signal de l’opérateur, afin de choisir la bonne fenêtre sur laquelle fixer les deux boîtiers. La SATT Paris-Saclay a financé, à hauteur de 74 000 euros, le développement hardware et logiciel mis en œuvre par le laboratoire Sondra. Pour l’instant, les deux cofondateurs, qui ont investi 200 000 euros dans le projet, n’ont pas encore fait appel à des fonds extérieurs. « C’est prévu, nous avons des contacts et des demandes, mais en termes de valorisation, nous attendons notre premier contrat en grosse quantité, qui nous donnera de la pertinence dans cette activité de BtoB », explique Laurent Fournier.
La start-up réalise un chiffre d’affaires de 70 000 euros par an, grâce à la vente et la location de dizaines d’unités à des particuliers, ce qui lui suffit pour rémunérer les deux membres fondateurs et jusqu’à trois stagiaires ou alternants. « Nos solutions, comme nos cartes électroniques, sont fabriquées en France, si ce n’est les coques, façonnées en Chine. Mais nous sommes confrontés à des concurrents chinois qui produisent à un coût très bas. Notre avantage, c’est que notre solution est très simple à installer, là où les autres utilisent de la colle ou des bras métalliques compliqués à poser pour fixer les box. Ils n’ont pas encore atteint notre facilité d’installation. De même que personne n’a déployé de système d’antenne intelligente », explique le cofondateur. Dans les prochaines années, le duo espère s’ouvrir à l’international pour toucher des compagnies telles que Deutsch Telecom ou Vodafone.