[10.09.2026] Journée mondiale de prévention du suicide
À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, la Graduate School Santé Publique Paris-Saclay met en avant ses équipes de recherche, ses projets et ses initiatives.
Conférence « Regards croisés sur la prévention du suicide en France et en République démocratique du Congo »
À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, plusieurs associations (UNPS, ASAS-RDC, Suicide Ecoute) et universités de France (Paris-Saclay) et de République Démocratique du Congo (UPC, Unikin) organisent ensemble un moment unique d’échange et de dialogue sur la question du suicide et de sa prévention.
A cette occasion, la Graduate School Santé Publique a financé le déplacement du professeur Fabrice Jollant, université Paris-Saclay et président de l'UNPS, facilitant ainsi les échanges.
La conférence s'est tenue en simultané à Paris et à Kinshasa, et en visioconférence, pour faire dialoguer les expériences, les savoirs et les réalités de terrain, et rappeler que la prévention du suicide est un enjeu universel.
Cette journée a donné la parole à diverses parties prenantes tout en permettant de croiser les expériences françaises et congolaises et de réfléchir ensemble à des réponses adaptées aux différentes réalités sociales, culturelles et sanitaires.
Parmi les thématiques abordées :
- la réalité encore trop méconnue du suicide en Afrique subsaharienne ;
- les tabous, la stigmatisation et la nécessité de libérer la parole ;
- la santé mentale des jeunes ;
- les traumatismes liés aux conflits et aux violences faites aux femmes ;
- la place de la recherche, de l’écoute et des dispositifs de prévention.
Des pistes concrètes ont émergé pour mieux sensibiliser, protéger et accompagner les personnes en souffrance.
L'objectif de cette rencontre était d’identifier les besoins à partir des statistiques et des observations de terrain, d’explorer les tabous et représentations qui entourent le suicide, de discuter l’impact du trauma de guerre et des violences faites aux femmes, ainsi que les enjeux spécifiques concernant les jeunes et l’apport de la recherche. Ces échanges permettront de mettre en lumière des leviers d’action institutionnels, associatifs et communautaires.
L’objectif : sensibiliser à la question du suicide en Afrique subsaharienne, renforcer les coopérations, diffuser des pratiques efficaces et faire émerger des pistes pour mieux prévenir, protéger et accompagner.
Et si prévenir le suicide passait aussi par la compréhension des liens invisibles entre le corps et l'esprit ?
Deux travaux de recherche nous rappellent une réalité essentielle: santé mentale et santé somatique sont profondément liées.
Maladie rénale chronique et dépression
Selon les études, jusqu’à la moitié des patients atteints de maladie rénale chronique présenteraient des symptômes dépressifs. Une étude récemment publiée dans BMJ Mental Health explique que l'accumulation de certaines toxines urémiques (déchets non éliminés par les reins) aggraverait directement les symptômes dépressifs, notamment par leur effet neuro-inflammatoire.
Mieux comprendre ces mécanismes pourrait ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques pour soulager la détresse psychologique des patients ayant une maladie rénale chronique et prévenir le risque suicidaire.
Source :Levassort H, et al. BMJ Mental Health, 2026. doi:10.1136/bmjment-2026-302537
Acidocétose diabétique : un moment de vulnérabilité
Une autre étude montre qu’après une hospitalisation pour acidocétose, les jeunes adultes atteints de diabète de type 1 présentent un risque accru de tentative de suicide, particulièrement au cours des 12 mois suivants.
Le dépistage de la dépression et du risque suicidaire devrait faire partie de l'évaluation clinique systématique des personnes atteintes de diabète de type 1 ayant présenté une acidocétose.
Source: Petit JM, et al. Diabetologia, 2020;63:1745-1752. doi:10.1007/s00125-020-05206-4
2 études - 1 message : la prévention du suicide ne peut pas être cloisonnée.
Elle passe aussi par la capacité à repérer, dans les parcours de soins, les situations de vulnérabilité somatique, psychiatrique et sociale, et à proposer une prise en charge globale.
La pandémie est derrière nous. Ses effets sur la santé mentale, eux, ne le sont pas forcément.
Des études ont été menées sur le lien entre suicide et pandémie. elles sont importantes tant elles nous permettent d’adapter les actions de prévention correctement aux populations les plus à risque.
- Les jeunes semblent avoir particulièrement souffert de la persistance de la pandémie et particulièrement les adolescentes et les jeunes femmes;
- Les personnes hospitalisées ayant des antécédents d'auto-agression, l'infection par le SARS-CoV-2 a augmenté le risque de réadmission pour auto-agression;
- La proportion de patients hospitalisés pour automutilation et/ou idées suicidaires dans les deux ans suivant un séjour pour troubles des conduites alimentaires (TCA) était plus élevée durant la période pandémique.
Ces travaux rappellent l’importance d’une prévention du suicide dans la durée, attentive aux vulnérabilités individuelles et aux populations les plus à risque.
Sources:
Prolonged impact of the COVID-19 pandemic on self-harm hospitalizations in France: A nationwide retrospective observational study
Jollant et al. — European Psychiatry (2021)
Hospitalization for self-harm during the early months of the COVID-19 pandemic in France: A nationwide retrospective observational cohort study
Jollant et al. — Lancet Reg Health Eur. (2021)
Hospitalization for SARS-CoV-2 and the risk of self-harm readmission: a French nationwide retrospective cohort study
Chauvet-Gelinier et al. — Epidemiology and Psychiatric Sciences (2024)
Risk of hospitalization for self-harm among adults hospitalized with SARS-CoV-2 in France: A nationwide retrospective cohort study
Chauvet-Gelinier et al. — Psychiatry Research (2023)
Hospitalizations for Anorexia Nervosa during the COVID-19 Pandemic in France: A Nationwide Population-Based Study
Chauvet-Gelinier et al. — Journal of Clinical Medicine
Changes in Hospitalization for Eating Disorders and Related Suicidal Risk, Following COVID-19 Pandemic
Chauvet-Gelinier et al. — Depress Anxiety (2026)
Prévenir le suicide, c’est aussi savoir repérer les situations de vulnérabilité.
Trois publications, trois constats qui une même nécessité : ne pas attendre la crise pour agir
Une blessure grave ou une intoxication ne sont pas toujours uniquement des évènements physiques
Chez les jeunes, elles peuvent s’accompagner d’un stress psychologique important, pouvant aller jusqu’à la crise suicidaire. L’hospitalisation peut ainsi représenter une opportunité pour repérer les idées suicidaires et les symptômes de souffrance psychique, et orienter vers un accompagnement adapté.
Source : Frajerman et al. — JAMA Psychiatry (2024)
La grossesse à l'adolescence constitue également une période de grande vulnérabilité
Elle est associée à un risque accru d’hospitalisation pour des actes d’automutilation non létaux et de décès prématuré. Une évaluation psychologique approfondie et un soutien adapté, proposés systématiquement, pourraient contribuer à mieux prévenir ces situations.
Source : Goueslard K et al. — BJOG: An International Journal of Obstetrics and Gynaecology (2023)
Après une hospitalisation pour un trouble des conduites alimentaires (TCA), la vigilance doit être renforcée
Chez les adolescents et jeunes adultes, le risque de tentative de suicide est 46 fois plus élevé et le risque de mortalité 13 fois plus élevé que dans la population générale. Le risque de décès est particulièrement important dans les six mois suivant l’hospitalisation : le suivi rapproché après la sortie est donc essentiel.
Source : Duriez P et al. — International Journal of Eating Disorders (2023)