Zachary Buchanan est un doctorant de 29 ans. Il travaille à l’Université de Californie de Davis (USA), sous la direction de Kyle N. Crabtree. Le programme de bourses Chateaubriand lui a permis de venir en France pour réaliser une partie de son doctorat à l’Institut des sciences moléculaires d’Orsay (ISMO, UMR 8214). Il a accordé une interview à l’Université Paris-Saclay pendant cette période.

 

 
Comment résumeriez-vous votre doctorat ?

Je travaille dans le domaine de l'astrochimie, sur de nombreux projets, dont notamment des projets de construction de nouveaux instruments de mesure pour l’astrochimie. Ma thèse consiste à observer comment les molécules réagissent entre elles et de comprendre dans quelles conditions. Ici en France, mon travail principal est de caractériser les molécules. Les informations que nous récupérons serviront dans les expériences cinétiques que nous réalisons aux Etats-Unis ou bien sur d’autres instruments, comme des télescopes, pour identifier des molécules particulières. Cela nous permettra d'en apprendre plus sur les réactions qui se passent dans l'espace et qui sont encore méconnues, et dans une plus large mesure, de comprendre la formation de systèmes stellaires. L'autre partie de mon travail, c'est-à-dire la construction de nouveaux instruments, permettra d'aider les chercheurs dans le domaine de la spectroscopie moléculaire.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à venir faire une partie de votre doctorat en France ?

Mon directeur de thèse, Kyle N. Crabtree, et mon superviseur en France, Marie-Aline Martin-Drumel, ont fait une partie de leur post-doctorat ensemble. Ils se connaissent donc et ont déjà travaillé ensemble par le passé. Marie-Aline est venue aux Etats-Unis, il y a deux ans. Elle nous a parlé de la bourse Chateaubriand. Par ailleurs Kyle et Marie-Aline voulaient commencer une collaboration avec un étudiant commun. La bourse Chateaubriand s’est présentée comme une opportunité pour toutes les parties.

Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle je suis venu en France. En effet, les équipements présents à l’ISMO sont différents de ceux que j’ai à disposition aux Etats-Unis, ce qui offre une complémentarité avec mes travaux outre-Atlantique. La bourse Chateaubriand m’a permis d’avoir un accès direct avec ces instruments ; par exemple nous pouvons mesurer différentes fréquences, dans mon laboratoire aux Etats-Unis, nous avons une gamme de mesure allant de 26GHz à 40GHz. Ici les gammes sont de 75-110GHz et 140-220GHz. Grâce à ces instruments, nous avons une meilleure caractérisation des composés étudiés, ce qui donne de meilleurs résultats. Enfin, aux Etats-Unis, j’ai passé beaucoup de temps à concevoir, construire et tester de nouveaux instruments. De ce fait, être en France me permet de faire plus d’expériences ce qui est une belle opportunité. J’ai aussi pu travailler au Synchrotron Soleil pendant une semaine au début de mon séjour ; je doute que j’aurais pu faire cela aux Etats-Unis.

 

Quels sont vos projets après votre thèse ?

J'ai longtemps pensé travailler dans le secteur industriel, mais je souhaiterais rester dans la recherche et le développement. Dans mon projet, j’aime beaucoup la partie conception et construction de nouveaux instruments, j’aimerais en faire mon travail plus tard.

 

Quelles sont les différences que vous avez remarquées entre la France et les Etats-Unis ?

Dans la vie de tous les jours, je marche beaucoup plus en France. Aux USA, j’avais un vélo et le bus me déposait à côté de chez moi. La différence qui m’a vraiment marqué est la proportion de fumeurs dans la rue… et les magasins qui sont assez différents de ceux des Etats-Unis. J’ai dû m’habituer mais ça n’a pas bouleversé mon quotidien.

Aux Etats-Unis, nous avons plus d’étudiants, environ six, alors que dans mon laboratoire à l’ISMO, nous ne sommes que deux, un stagiaire et moi. De plus, mon directeur de thèse a de nombreuses obligations d’enseignement donc il passe beaucoup de temps à préparer ses cours ; il ne vient au laboratoire que lorsqu’il a du temps. Mais l’ambiance de travail n’est pas vraiment différente d’ici.

 

Est-ce que la langue française était un problème pour vous ?

Au début c’était un peu compliqué. Dans le laboratoire, tout le monde parle anglais donc nous pouvons facilement communiquer. En dehors de mes heures de travail, je me suis débrouillé pour trouver une personne qui parle un peu anglais, j’utilise aussi Google Translate pour faire comprendre ce dont j’ai besoin. J’ai commencé à prendre des cours de français dans le but de pouvoir suivre des conversations. J’ai également reçu de l’aide de mon superviseur en France pour la traduction de documents officiels, du programme Chateaubriand pour la partie administrative et de Science Accueil pour la recherche de logement.

 

Que pensez-vous de l’Université Paris-Saclay ?

C’est vraiment immense, tant en termes de superficie que de nombre de doctorants. Tout semble neuf, mais c’est aussi parce que le projet est nouveau. Le bâtiment où je travaille aux Etats-Unis a été construit dans les années 60, donc la différence avec l’ISMO est très importante (l’ISMO a été inauguré en septembre 2018).

 

Recommanderiez-vous le programme de bourses Chateaubriand à d’autres doctorants ?

Oui, sans hésiter. C’est un programme très cool qui offre de nombreuses opportunités et c’est très agréable de pouvoir être là. Par ailleurs, pour ma candidature, nous avons fait de nombreuses réunions avec mes superviseurs pour planifier ce que je ferais si j’étais accepté. Cela m’a beaucoup aidé pour l’écriture du projet à destination du programme Chateaubriand. Je conseille à toutes les personnes qui veulent participer de faire de même.