Shannon Owings est une doctorante travaillant à Geogia Tech sous la direction de Martial Taillefert. Le programme de bourse Chateaubriand lui a offert l’opportunité d’effectuer une partie de son doctorat en France, au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE, UMR 8212) en collaboration avec Christophe Rabouille. Elle a accordé un entretien à l’Université Paris-Saclay.

 

 

Quel est le sujet de votre thèse ?

Je travaille dans le domaine de la géochimie environnementale : j’étudie comment les métaux présents dans les sédiments marins et fluviaux évoluent, et en particulier comment l’arsenic et le manganèse se déplacent dans les fleuves. Grâce à ma bourse Chateaubriand, et en collaboration avec le LSCE, je travaille plus spécifiquement sur les sédiments marins du Golfe du Mexique et m'intéresse aux bactéries qui affectent les cycles du fer et du manganèse.

La collaboration entre mon labo américain et le LSCE nous permet de comparer deux systèmes : le Golf du Mexique et l'estuaire du Rhône. Ils possèdent des similitudes, notamment en ce qui concerne les apports des terres, cependant, les éléments chimiques présents dans les sédiments sont différents (le Golf du Mexique est influencé par le Mississippi). Nous avons réalisé une étude sur le Rhône et le Golf du Mexico pour les comparer, identifier les similitudes et les différences et comprendre les influences des fleuves autour de ces régions.

 

Comment faites-vous pour étudier les fleuves et océans ?

Nous allons sur le terrain pour effectuer différentes analyses grâce à des campagnes de mesures sur des navires de recherche. Par exemple, nous sommes allés dans le Golfe du Mexique. Cette expédition a duré 4 semaines : après une semaine de voyage, nous avons passé deux semaines à prélever quotidiennement des échantillons de sédiments et à poser des landers au fond de l’océan pour obtenir des données en temps réél. La majorité des analyses ont été faites à bord du bateau via voltamétrie, spectrophotométrie, chromatographie, HPLC et autres. Cependant, nous avons dû aussi rapporter des échantillons au laboratoire pour pouvoir les analyser sur des équipements plus performants.

 

 
Qu’est-ce qui vous a motivé à venir en France via le programme Chateaubriand ?

Mon laboratoire aux Etats-Unis et le LSCE sont partenaires depuis environ 7 ans déjà. Ils ont mené des études conjointes dans les Lobes du Congo, sur le Rhône et dans le Golfe du Mexique. Mes deux directeurs de recherche, Christophe Rabouille (LSCE) et Martial Taillefert (Georgia Tech) se connaissaient déjà car ils ont soutenu leurs thèses sous la direction du même chercheur.

Comme nous avons un partenariat, nous travaillions déjà ensemble, mais c'est un grand avantage de se trouver dans le même fuseau horaire. Cela nous permet d'avoir des discussions constructives sur les données et de travailler ensemble à la rédaction d'articles de synthèse de nos recherches. De plus, j'ai pu apprendre certaines des techniques d'analyses et de mesures du LSCE, ce sont des compétences que je pourrais pporter à mon laboratoire aux Etats-Unis.

Travailler avec des chercheurs français du LSCE est aussi très agréable car ils ont une réelle expertise dans le cycle du carbone, tandis que notre expertise dans mon labo aux Etats-Unis se situe plutôt dans le cycle des métaux. On est vraiment complémentaire. En dehors de cette opportunité professionnelle, c'est très enrichissant de vivre dans un autre pays et d'en découvrir sa culture.

 

Est-ce compliqué de venir en France sans parler français ?

C’est en effet plus compliqué, mais ce n’est pas impossible non plus. Quand je suis arrivée, je ne parlais pas du tout français, mais j’ai pris des cours et appris les bases, cela m'a pas mal aidée.

 

Quelles sont selon vous les différences principales entre la France et les Etats-Unis ?

La principale différence concerne les transports en commun, j’aime beaucoup le réseau ici en France. C’est plus facile de se déplacer à Paris qu'à Atlanta ! D’un point de vue professionnel, il y a un vrai sentiment d'appartenance à la communauté au labo. Grâce aux discussions informelles et aux pauses café, on se sent vraiment attaché à son labo et proche de ses collègues. Concernant le travail en tant que tel, je pense que cela varie beaucoup d’un laboratoire à l’autre. Dans mon laboratoire aux Etats-Unis, j’avais l’habitude de travailler de manière indépendante sur mon projet avec quelques personnes plus expérimentées ; ici en France c'est différent parce que je passe plus de temps à rédiger qu'à faire des recherches. Mais de ce que j'ai pu voir au labo, les techniques et les méthodes d'analyse peuvent varier, mais les structures sont assez similaires.

Mais personnellement, je trouve la France assez différente des Etats-Unis. Par exemple quand je vais à Paris ou dans d'autres villes, je prends beaucoup de plaisir à observer l'architecture, voir les terrasses de café... L'atmosphère de la France me plait beaucoup.

 

Que pensez-vous de l’Université Paris-Saclay ?

J’ai été très heureuse d’avoir été accueillie à l’Université Paris-Saclay et de pouvoir en comprendre l'organisation. Les personnes qui y travaillent sont toujours prêtes à aider. De plus, l’Université Paris-Saclay dispose d’un très grand réseau : cela offre de nombreuses opportunités pour les entreprises ou pour la recherche publique.

 

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Après mon doctorat, je voudrais faire un post-doctorat afin de développer certaines compétences nécessaires pour travailler dans le domaine de l’océanographie. Etre en Europe est une très belle opportunité pour moi car cela m'a permis de constituer un réseau et j'envisage depuis faire un post-doc en Europe, en France. Je cherche en parallèle aussi des opportunités aux Etats-Unis. Par ailleurs, j’ai eu la possibilité de donner des cours durant mon doctorat et cela m’a beaucoup plu. Sur le long terme, j'aimerais bien travailler dans une université où je pourrais à la fois enseigner et continuer mes recherches.

 

Avez-vous des conseils pour les futurs lauréats ?

Tout d’abord, je voudrais encourager tous ceux qui le peuvent à candidater car il faut saisir cette opportunité d’agrandir son réseau, acquérir d’autres compétences durant son doctorat et en apprendre plus sur la culture française. Pour ceux qui ont peur de se retrouver seuls, une fois en France, qu’ils se rassurent : des aides sont apportées par l’Université Paris-Saclay, par les encadrants présents en France et par des organismes comme Science Accueil. Si j’avais donc un seul conseil à donner : N’hésitez pas, et posez vos questions si vous en avez !