Sarah Valentino, Biologie du développement et reproduction (BDR)

Avez-vous déjà remarqué que les femmes enceintes ne sont pas considérées comme personnes sensibles dans les consignes de sécurité en cas de pics de pollution ? Alors qu’elles doivent faire attention à un million de choses pour le bien être de leur futur enfant, ne devraient-elles pas aussi faire attention à ce qu’elles respirent ? Vous savez déjà qu’une femme enceinte ne doit pas rester à proximité des fumeurs. Et pourtant pendant sa grossesse, elle va prendre sa voiture ou encore sortir prendre l’air dans Paris par exemple, et donc respirer cet air pollué, sans s’en rendre compte. Aujourd’hui les pics de pollution aux particules fines sont de plus en plus fréquents dans les grandes villes. Vivant en région parisienne, vous y êtes confrontés très régulièrement.

Mon travail de thèse est de comprendre comment ces nanoparticules sont capables d’agir sur le développement du fœtus.

Pendant la grossesse, le fœtus s’adapte à l’environnement de la mère via le placenta et subit des changements permanents qui auront des conséquences sur la santé de l’individu à l’âge adulte et sur sa descendance. C’est ce que l’on appelle la programmation fœtale. Le placenta est l’agent programmateur de ce phénomène car il est le centre d’échanges entre la mère et son enfant au cours de la grossesse.

Il a fallu trouver un modèle animal pour étudier les mécanismes de ce phénomène et nous avons choisi le lapin car la structure de son placenta est proche de celle de l’homme. Les lapines de mon projet sont exposées, au cours de leur gestation, à des concentrations de nanoparticules correspondant au trafic des grandes villes européennes. Pour l’instant, nous savons que les nanoparticules sont capables de passer la barrière pulmonaire et ainsi se retrouver dans le sang. Elles sont donc transportées à travers l’organisme de la mère et peuvent ainsi atteindre le placenta.

Au cours de la gestation, les lapines ont été suivies par échographie où différentes mesures peuvent être réalisées tout comme chez la femme. Des mesures sur le fœtus ou sur le placenta et lorsque ces valeurs sont inférieures à ce que l’on appelle un « standard », nous pouvons parler de retard de croissance intra-utérin.

A la fin de la gestation, les fœtus des lapines qui ont été exposées à la pollution sont en retard de croissance. Ils sont donc plus petits et en retard de développement par rapport à des témoins. En plus de ces effets, ces individus nés en retard de croissance sont aussi plus susceptibles de développer des pathologies métaboliques à l’âge adulte, telles que le diabète ou l’obésité.

Donc les nanoparticules que l’on respire sont capables d’agir sur le placenta. Comment, me direz-vous ? Pour répondre à cette question, je vais analyser la structure du placenta ainsi que sa fonction à travers l’expression de ses gènes.

Travailler sur le développement fœtal est passionnant et mes recherches le sont d’autant plus qu’elles pourraient déboucher sur des recommandations pour les femmes enceintes, inexistantes à ce jour.

 

Sarah Valentino est en 1ère année de thèse au laboratoire de Biologie du Développement et Reproduction (AgroParisTech).

Elle étudie "Les effets d'une exposition maternelle aux gaz d'échappement de moteur diesel sur le développement foeto-placentaire dans un modèle lapin".