Étudier le Moyen-Age pour comprendre aujourd'hui

Nous l’avons tous appris à l’école,  le Moyen-Age appartient au passé. Mais est-ce une vérité absolue ou une erreur monumentale ? Si cette période s’avérait toujours très vivante, aujourd’hui, grâce à vous ! S’il était possible d’être historien en cuisinant ou pourquoi pas en pratiquant les arts martiaux, me croiriez-vous ?

Vous le devriez, car ce sont tous ces ingrédients qui m’ont permis d’écrire ma thèse. Je pratique les arts martiaux japonais depuis l’âge de sept ans et quand j'ai commencé mon doctorat, je pensais tout savoir et être un vrai spécialiste du sujet mais c'était une erreur.

Bon nombre de mes certitudes se sont alors effondrées. J’ai, par exemple, dû reconnaitre qu’une épée médiévale ne pesait pas 15 kilos (ce que nous imaginons tous) mais à peine plus qu’une bouteille d’un litre et demi pleine d’eau !

En fait, une découverte exceptionnelle fut à l’origine de mes travaux et de ma passion : les bibliothèques européennes recèlent, encore aujourd’hui, plus d’une centaine de manuels médiévaux ne parlant que d’arts martiaux. Des manuels qui n’ont aucun lien avec les disciplines orientales comme le judo ou le kung-fu. Ces livres décrivent avec précision le geste des combattants, comme nous pouvons l’observer sur une image tirée d’un manuel allemand, écrit il y a plus d’un demi millénaire et surtout plus d’un siècle avant le premier manuel d’arts martiaux chinois.

 

Cette découverte, c'est ma première réalisation mais il y en eut beaucoup d’autres. En analysant ces documents, j’ai pu plonger à l’origine des modèles qui font que vous et moi, nous pensons le corps humain d’une manière et pas d’une autre.

Par exemple, dans l’Italie du XVe siècle, lorsqu’un jeune noble pratique l’escrime, il n’apprend pas uniquement à se battre ou à se défendre. Il découvre qu’il est inutile d’opposer la force à la force. On lui enseigne même que la faiblesse physique n’est rien s’il réfléchit et sait mener un raisonnement à terme. Or, ce souci de compenser, avec justice, la faiblesse d’un individu, n’est autre que l’un des fondements de notre éthique moderne.

Avec un manuel d’arts martiaux dans une main et une épée dans l’autre j'ai pu faire beaucoup plus qu’analyser le Moyen-Age. J'ai pu comprendre ce qui le reliait à nous. En alliant ainsi le patrimoine, la science et le sport, il est possible, aujourd’hui, de faire ressortir l’histoire de son image poussiéreuse. Faisons donc rentrer chacun d'entre nous dans une culture vivante qu'on peut apprécier mais aussi ressentir.

D’ailleurs, j'ai une question à vous poser : qui voudrait faire de l’histoire avec moi maintenant ?

 

Pierre-Alexandre Chaize est en 3ème année de thèse (Université Versailles Saint-Quentin).

Il étudie "Les arts martiaux en occident à la fin du Moyen Age".