Aujourd’hui, et comme chaque jour, en France, 130 femmes ont appris qu’elles avaient un cancer du sein.

Grâce aux progrès de la médecine, la plupart d’entre elles pourront reprendre le cours de leur vie après leurs traitements. Mais pour certaines, la suite s’annonce moins paisible : elles risquent une récidive de leur cancer, et ce que j’étudie dans ma thèse. 

La grande question, c’est pourquoi ? Pourquoi elles ? Pourquoi ces femmes ont eu un premier cancer ? Et pourquoi certaines auront une récidive, mais pas d’autres ?

La réponse, bien sûr, est loin d’être évidente, mais on sait 2 choses :

  • La première, c’est  qu’une partie du risque dépend… du hasard en quelque sorte, c’est la loterie génétique : votre risque dépend de l’héritage génétique que vos parents vous ont légué, et ça, difficile de le modifier…
  • La deuxième chose, c’est que, heureusement, il y a des facteurs de risque sur lesquels on peut agir, des comportements à risque par exemples. Ces facteurs de risque modifiables intéressent beaucoup mon équipe de recherche.

Mais quels sont ces facteurs modifiables ?!!! Eh bien pour les identifier, il faut mener l’enquête, une enquête épidémiologique, et quelle enquête. ---

Dans cette enquête, vous avez besoin de milliers de témoins avant de pouvoir accuser votre suspect, le facteur de risque potentiel. Ces témoins, ce sont près de 100000 femmes qui ont fourni aux chercheurs de mon équipe, pendant 25 ans, des enregistrements de tous leurs contacts et échanges avec une liste facteurs de risque potentiels. Au début de l’enquête, on ne savait pas qui allait avoir un cancer du sein parmi ces 100000 femmes, donc on a attendu plusieurs années avant de comparer leurs témoignages. Pour ça, on utilise des méthodes statistiques qui tiennent compte de tous les facteurs de risque auxquels elles ont pu être exposées.

L’enquête est toujours en cours, mais a déjà permis de montrer que, par exemple, les femmes en surpoids avaient plus de cancers du sein que les autres, après  50 ans. A ces accusations épidémiologiques, reproduites dans d’autres pays, s’ajoutent des preuves biologiques, qui proposent un mode d’action, ou une arme du crime, et qui ont bien permis d’identifier le surpoids comme facteur de risque. Le verdict est tombé : c’est monsieur surpoids, dans les bourrelets, avec les hormones et l’inflammation !

Pour les récidives, c’est un peu pareil, il y a des facteurs de risque modifiables, et après tout ce que je vous ai raconté, je pense que ça ne vous étonnera pas si je vous dis que mon suspect, c’est le surpoids. J’analyse les témoignages des femmes qui ont eu un premier cancer du sein, grâce aux mêmes méthodes statistiques, pour comprendre si le surpoids joue un rôle dans ces récidives, pour comprendre pourquoi cette femme qui a eu un premier cancer du sein, va connaître une récidive, pourquoi son cancer va se disséminer dans son organisme, alors que cette autre, qui a reçu le même traitement, sera tranquille pour le reste de sa vie.

Vous vous en doutez, si c’est l’objet d’une thèse, c’est que dans cette enquête, la réponse est loin d’être élémentaire ! Mais c’est comme ça, en épidémiologie, que petit à petit on fait avancer la recherche sur le cancer, pour permettre aux femmes qui nous sont chères d’être tirées d’affaires.

  • Le sujet de thèse de Mathilde His : "Surpoids, obésité et leurs conséquences métaboliques en lien avec la survie après un cancer du sein dans la cohorte E3N".
  • Mathilde His a participé à l'édition 2016 de MT180 pour l'Université Paris-Saclay.