Plus de la moitié de tout ce qui est vivant sur Terre, c'est du biofilm. Du quoi ? Me disent la plupart des gens ! Du biofilm.

Mais qu'est-ce qu'un biofilm ?

C'est une communauté de microorganismes. Un microorganisme c'est un être vivant microscopique, donc invisible à l'œil nu. Un biofilm c'est en fait une ville miniature, dans laquelle résident et interagissent de tous petits êtres vivants. 

Les biofilms sont partout dans l'environnement, seulement voilà, ils sont parfois là où il ne faut pas.

Par exemple, en milieu hospitalier, les biofilms peuvent coloniser les dispositifs médicaux tels que les cathéters ou les prothèses artificielles, et devenir une source d'infection pour le patient. Les biofilms sont ainsi responsables de 2/3 des maladies acquises à l'hôpital.

Mais alors, comment éliminer les biofilms ?

Une des stratégies de lutte, c'est de disperser le biofilm; c'est-à-dire de demander aux individus de quitter les lieux.

Une molécule, d'un petit nom sympa, cis-2-decenoic acid, semble prometteuse dans la dispersion de biofilms.

Et moi, je cherche à savoir comment cette molécule induit la dispersion, c'est-à-dire comment les individus s'échappent du biofilm une fois qu'ils ont reçu la molécule. Est-ce que les individus se fabriquent des jambes pour courir ? Ou est-ce qu'ils construisent des ponts pour quitter la ville ? Ou encore est-ce qu'ils produisent des téléphones pour informer leurs voisins qu'il est temps de partir ?

Pour répondre à ces questions, je développe des biofilms dont j'ai modifié les gènes. 

Un gène, c'est un peu comme une recette de fabrication, qui peut être actif ou inactif. Si le gène est actif, il y a production de l'objet, ici les jambes, le pont, le téléphone. S'il est inactif, l'objet n'est pas produit. Et chaque gène est sous contrôle d'un interrupteur. Si l'interrupteur est allumé, le gène est actif. S'il est éteint, le gène est inactif.

Et moi, je branche les interrupteurs des objets du biofilm qui m'intéressent, jambes, pont, téléphone, au gène de fabrication d'un objet lumineux vert.

Ainsi, quand j'applique la molécule sur mes biofilms aux gènes modifiés, deux cas sont possibles :

                1. J'observe de la lumière verte, donc le gène de fabrication de la lumière verte est actif, donc l'interrupteur sur lequel il est branché est allumé.

2. Je n'observe pas de lumière, donc le gène est inactif, et l'interrupteur est éteint.

Finalement, en testant différents interrupteurs et en observant la présence ou non de lumière verte, je pourrai savoir par quels moyens les individus décident de quitter le biofilm. La connaissance de ces mécanismes de dispersion permettra au monde de combattre efficacement les biofilms et de voir la vie en vert !

  • La thèse de Marine Baudin : "Etude de rapporteurs génétiques pour la caractérisation de l'adaptation bactérienne à la dispersion de biofilms"
  • Marine Baudin a participé à l'édition 2016 de MT180 de l'Université Paris-Saclay