Lorsque vous prenez l'avion, vous souhaitez que chaque pièce du moteur soit d'excellente qualité. Or, il est impossible de fabriquer une pièce parfaite. Il existe donc un contrat qui décrit les défauts admis sur la pièce pour qu'elle soit considérée comme conforme.

Je vous disais qu'aucune pièce n'est parfaite. Mais d'où viennent ces défauts ?

Imaginez que vous êtes Michel-Ange. Vous avez embauché plusieurs apprentis. Ils sont tellement doués que vous leur proposez un défi : ils vont réaliser une statue les yeux bandés ! Chacun d'eux à son tour devra réaliser une partie de la statue. Deux paramètres sont essentiels pour la réussite de ce défi. En premier lieu, vos apprentis devront faire les bons gestes pour s'assurer de ne pas déformer les traits de la statue. En second lieu, ils devront bien se positionner par rapport au bloc de marbre avant de commencer à sculpter. Sinon, le buste et les jambes pourraient bien ne pas se retrouver l'un en face de l'autre...

Vos apprentis, ce sont mes machines. Pour faire une pièce parfaite, il faut en premier lieu que la pièce soit exactement là où la machine croit qu'elle se trouve. Et justement, la pièce n'est jamais parfaitement à sa place : parfois elle est posée un peu trop à gauche, parfois un peu trop à droite... Pour que la pièce soit parfaite, il faut en second lieu que les mouvements de la machine soient parfaits. Or, il est impossible de fabriquer une machine parfaite. Pourquoi ? Parce que les pièces qui composent la machine ne sont elles-mêmes pas parfaites. Je ne vais pas vous expliquer pourquoi les pièces de la machine ne sont pas parfaites, vous voyez bien qu’on tourne en rond !

En résumé, aucune pièce n'est parfaite. Et plus il y a d'étapes de fabrication, plus les défauts vont s'accumuler sur la pièce ! Je vous rassure, en ce qui concerne une pièce de moteur d'avion, les défauts sont de l'ordre du dixième, voire du centième de millimètre. Rien à voir avec votre statue... Aujourd’hui, pour être sûr d’obtenir une pièce de bonne qualité, la stratégie de l’industriel, c’est de faire du mieux qu’il peut avec chaque machine, mais cette sur-qualité coûte très cher !

Pour diminuer ses coûts, l’industriel a besoin de prédire la pire pièce qu'il risque d’obtenir avec le processus de fabrication qu'il a choisi. Si la pire pièce est conforme au contrat, alors il peut lancer sa production. Le travail que l'industriel m'a confié, c'est de trouver une solution pour prédire cette pire pièce. La solution que je lui propose, c’est de faire un logiciel qui va l’aider à répartir les défauts admis entre toutes les étapes de fabrication.

Avec ce logiciel, tout le monde sera content : vous continuerez à voyager en toute sécurité, et l’industriel dépensera moins d’argent !

  • La thèse de Marie Royer s'intitule : "Synthèse des spécifications de fabrication en 3 dimensions et optimisation des tolérances pour un produit et un process évolutif".
  • Marie Royer a participé à la finale MT180 de l'Université Paris-Saclay, édition 2016