Evaluation agronomique et environnementale des systèmes de culture à base de légumineuses à l’échelle mondiale.

Comment, en Europe, nos poulets feraient sans le soja ? Le soja est une plante de la famille des légumineuses. Ses graine sont riches en protéines et très utilisées pour nourrir notre bétail. Sauf, qu’à l’heure actuelle, voyez-vous, nous sommes face à un paradoxe.

Malgré un potentiel non négligeable, la production de soja en Europe ne couvre seulement qu’1% des besoins de notre élevage. Cela fait près de cinquante ans que l’Europe importe des quantités massives de soja, produites en Amérique du Sud. Là-bas, cultivé sur des milliers d’hectares, le soja déboise l’Amazonie.

Et, pendant ce temps, en Europe, nos éleveurs sont plus que jamais dépendants de nos importations de soja, à l’origine de problèmes sociaux et écologiques considérables. Alors, face à ce système alimentaire, depuis hier à bout de souffle, il est aujourd’hui nécessaire, urgent, de rendre l’Europe autonome en protéines végétales, pour nourrir demain, localement et durablement, nos animaux d’élevage, et par ce fait, nous et les générations futures.

A ce challenge, ma thèse s’intéresse à une de solutions possibles. Les ingrédients ? Les légumineuses. La recette ? Les réintroduire en Europe. Mettez-vous à table, je vais vous expliquer. Les légumineuses forment une famille de plantes, dont fait partie le soja. Mais on y trouve d’autres de ses amis comme la lentille, le pois et son cousin, le pois… chiche.

Non seulement les légumineuses ont suffisamment de protéines pour nourrir nos animaux, mais elles présentent également de véritables atouts écologiques. Saviez-vous ainsi que, grâce aux légumineuses, nos agriculteurs économisaient l’apport d’engrais azotés dans les champs, diminuant ainsi les risques de pollution ? Réintroduire les légumineuses en Europe répond donc à un double enjeu : alimentaire et écologique. Au travers de mon projet de recherche, j’en explore la faisabilité et les conséquences.

D’abord, je regarde comment, depuis ces cinquante dernières années, la production de légumineuses a évolué en Europe. Je conclue que certaines espèces de légumineuses sont plus adaptées que d’autres selon les régions. Ensuite, pour comprendre cette différence d’adaptation, je compare la production en protéines et les atouts écologiques de ces espèces, en me basant sur plus d’une centaine d’expérimentations dans le monde, et notamment en Europe.

J’identifie ainsi les types de milieux et les pratiques les plus adaptées pour produire des légumineuses. Enfin, une fois caractérisées les espèces de légumineuses les plus prometteuses, les types de milieux et de pratiques associées, je définis, avec l’aide d’experts, les surfaces de légumineuses qu’il nous faudrait cultiver en Europe pour concilier, production suffisante en protéines et préservation de l’environnement.

Réintroduire les légumineuses en Europe, réduire les impacts négatifs de nos importations, manger des nuggets de poulet, nourris à partir de soja et de légumineuses cultivées en Europe. A toutes ces questions, une réponse. « Yes, we can do it ! » Maintenant, c’est à nous d’agir.

Charles Cernay est en 1ère année de thèse au laboratoire d'Agronomie (AgroParisTech).

Il étudie l"Évaluation agronomique et environnementale des systèmes de culture à base de légumineuses à l'échelle mondiale".