Réflexion sur une annonce programmatique

 

En relisant le programme du Learning Center, je tombe sur cette phrase qui a fait date pour permettre de parler du projet "Réinventer la bibliothèque à l'heure du numérique". Ce n'est jamais, me direz-vous, que ce que les bibliothécaires du monde entier tentent depuis les premières rétroconversions jusqu'aux bibliothèques sans livres, de la conservation des bandes de film à l'archivage du web.

 

Certains rapports reviennent sur ce sujet récemment et les bonnes pratiques fusent. L'expression se retrouve ainsi dans un récent article de L'Etudiant :

Aux États-Unis, les bibliothèques universitaires face au big bang numérique

REPÉRÉ DANS LA PRESSE AMÉRICAINE. Aux États-Unis, le rapport Horizon 2017 du New Media Consortium détaille les initiatives menées par les bibliothèques universitaires pour se réinventer à l'ère numérique.

Outre ces images, la redéfinition de nos métiers passe par le vocabulaire : de BU à Learning Center, de bibliothécaire à biblio "take care", de conservateur à data curator. Les racines grecques et latines sont toujours de mise (il ne faut pas trop nous effrayer), et la tentative de redéfinition est toujours prégnante . Ces changements de lieu et de support ne nous conduisent en fait qu'à une chose : prendre du recul sur notre rôle au sein, en l'occurrence, de l'université.

Biblio Take Care

Le blog de la bibliothèque qui prend soin de vous !.

Ainsi, le changement de paradigme/de point de vue n'est pas tellement le passage du papier au numérique car, si certains l'apprennent encore, oui les BU achètent la plupart de leurs collections sous format numérique.

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58 % des usagers des bibliothèques américaines ignorent que leur établissement dispose d'une offre numérique https://t.co/nBkKDejzSv

L'enjeu est donc quel rôle jouons-nous pour permettre le développement du numérique, sa connaissance et ses écueils ? Le rapport du New Media Consortium nous libère alors dans notre volonté de changer de paradigme (un autre) et de passer d'une logique de contenu à une logique de services. Car nous sommes prisonniers et devons effectuer une rotation.

Longtemps, depuis les bancs des écoles jusqu'aux sujets de concours en passant par la formation continue, on nous a poussés à réfléchir à la conservation des contenus plus qu'à leur valorisation, à leur signalement scientifique plutôt qu'à leur usage. S'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, notre responsabilité est de nous interroger sur la nature des contenus que nous conservons, l'intérêt d'en mettre de nouveaux à disposition et quels nouveaux contenus nécessitent l'apport de nos compétences. Enfin et surtout, il convient de nous demander qui peut les utiliser et proposer des usages, services et une programmation par et sur ces contenus. Il est donc temps de penser l'organisation d'un service sur les compétences humaines qui le composent, sur les publics dont il dispose en considérant "nos" contenus comme autant d'outils de travail et pas seulement des trésors à scrupuleusement identifier. Il est temps pour les managers, les conservateurs de se libérer et de libérer avec eux les équipes. Souvent, nous nous donnons comme excuses "les équipes ne veulent pas changer, ne s'adaptent pas", ne portons-nous pas une part essentielle de responsabilité dans cette libération des mœurs bibliothéconomiques ?

Depuis longtemps, par leurs écrits et dernièrement par des actions, de nombreux collègues, voire certains organes officiels de l'Etat bibliothéconomique, insufflent doucement, mais sûrement, cette logique.

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9 tendances UX Design en 2017 https://t.co/OzOWPqp5US

Il est donc de notre responsabilité de penser un bâtiment et ses services pour 2020 en ayant achevé notre rotation de paradigmes, d'expliquer et d'accompagner cette révolution (au sens copernicien du terme, nous n'avons nulle prétention sur le fait de révolutionner le métier). La réussite ne sera complète que si l'offre de services numériques et humains est construite avec les publics et, en premier lieu, les professionnels de nos établissements. Ce sera l'objet des défis à venir, passer du conserver au servir ensemble. En attendant, ajoutons six lettres à Paris pour bâtir Paris-Saclay et cinq pour changer nos paradigmes.

Les enfants du paradis

Julien, pour le projet Learning Center