Faire des nœuds à l'ADN pour stopper les bactéries

Laura Laencina a remporté le prix du jury lors de la finale Paris-Saclay du concours "Ma thèse en 180s". Elle représentera l'Université Paris-Saclay lors de la finale nationale le 3 juin à Nancy !

 

Laura Laencina, Laboratoire physiopathologie et diagnostic des infections microbiennes (EPIM)

Savez-vous qu’elle est la maladie génétique grave la plus fréquente en France et en Europe ? C’est la mucoviscidose.

Tous les 2 jours, un enfant qui nait est atteint de la mucoviscidose.  Si vous ne connaissez pas cette maladie, peut-être en avez-vous entendu parler à la télévision où l’émission Star Academy a révélé le chanteur Grégory Lemarchal qui en était atteint, et ainsi l’association du même nom a été créée.

Dans la mucoviscidose, le mucus, ce liquide des poumons, adhère aux parois des bronches et aux alvéoles, et gêne ainsi le passage de l’air. A l’origine de cette maladie se trouve un gène défectueux. Environ une personne sur 30 est porteuse de ce gène anormal et peut le transmettre sans le savoir à ses enfants.

Si je devais résumer la mucoviscidose en une équation cela donnerait : MUCOVISCIDOSE = MUCUS + VISCOSITE. Cette addition résume parfaitement les symptômes de la mucoviscidose qui sont :

  • une accumulation du mucus dans les voies respiratoires,
  • une augmentation de la viscosité de ce mucus, c’est-à-dire qu’il est plus épais et collant.

Cette grande quantité de mucus dans les poumons fait un peu office de nid à microbes car il est le lieu idéal pour le développement d’infections bactériennes, et notamment aux mycobactéries.

Aujourd’hui il n’existe aucun traitement curatif contre la mucoviscidose. La greffe pulmonaire est le seul moyen de prolonger la vie des personnes atteintes de cette maladie. Mais malheureusement, une proportion importante de poumons ne peut être greffée en raison de la présence de ces bactéries infectieuses qui sont alors susceptibles d’infecter les nouveaux poumons greffés.

Durant mon doctorat, je vais consacrer les 3 prochaines années de ma vie, à fouiller comme le font les Experts à Miami, dans l’ADN de ces bactéries infectieuses afin de mieux les connaitre, et surtout, afin d’identifier les gènes de ces bactéries qui leur donnent le pouvoir de survivre dans l’organisme humain.

Pour schématiser, on peut imaginer que l’ADN est une longue corde sur laquelle est inscrit un message, et je vais faire des nœuds bien serrés qui abîment l’ADN et brouillent le message, et observer le comportement des bactéries : est-ce qu’elles survivent encore ? Si oui, je vais faire un nœud un peu plus à droite ou à gauche et ainsi de suite jusqu’à trouver l’endroit de la corde qui une fois bien endommagé ne permet plus à la bactérie de survivre.

En conclusion, mieux comprendre l’ADN des mycobactéries de la mucoviscidose, c’est mieux comprendre comment les arrêter et comment leur passer les menottes, pour un happy end comme dans les séries américaines.

 

Laura Laencina est en 2ème année de thèse au laboratoire Physiopathologie et diagnostic des infections microbiennes (Université Versailles Saint-Quentin).

Elle étudie "Les avantages génomiques conférés à Mycobacterium abscessus pour une existence intracellulaire".