Les risques psychosociaux dans les métiers scientifiques : le cas du CEA.

Jean-Yves Ottmann,  http://www.drm.dauphine.fr/fr/

Normalement on attend de moi que je fasse une blague ; à la place je vais aussi parler de suicide, je suis désolé. Les suicides sont la conséquence la plus grave de ce que l’on appelle les risques psychosociaux, les tensions et les souffrances causées par le travail. Bien entendu, tout le monde ne se suicide pas. Bien plus tombent en dépression, ou font un burn-out.

Ma thèse porte sur les risques psychosociaux dans les métiers scientifiques, plus particulièrement au CEA. En caricaturant, « qu’est ce qui peut rendre un chercheur malheureux dans son laboratoire ? ». Il faut dire que le CEA abrite 13000 chercheurs dans ses laboratoires, ce qui y rend la question assez centrale !

Sur ces questions de tension ou de souffrance, on imagine ces scientifiques heureux de faire un métier qui les passionne dans de bonnes conditions, et surtout on n’a pas la moindre idée de ce qu’ils font de leurs journées !

Mon travail de thèse, c’est d’aller au-delà de ces à priori, en m’immergeant des semaines dans des laboratoires du CEA et en interviewant des dizaines de chercheurs. Au fil de ces jours passés au contact de la science en train de se faire, je comprends ce qui pour eux est source de plaisir ou de souffrance. Car les risques psychosociaux intègrent ces deux dimensions opposées : ce qui nous fait souffrir et ce qui nous motive, ce qui nous aide à affronter les difficultés.

Parmi les choses qui font souffrir, tous métiers confondus, il y a par exemple la surcharge de travail et son débordement sur la vie privée, l’absence de reconnaissance, ou une absence d’autonomie trop importante. Ce qui va nous aider à résister aux difficultés :  le soutien de ses collègues ou tout simplement trouver de l’intérêt à son travail.          

Ma thèse va montrer si les risques psychosociaux dans la science sont les mêmes que dans d’autres types de métier ; mais aussi si la situation est la même pour tous les scientifiques. Quelles différences entre un jeune doctorant et un directeur de laboratoire, entre un chimiste et un astrophysicien ? Derrière ces questionnements, mon travail aidera le CEA à prévenir les risques psychosociaux dans ses équipes.

Mes conclusions pourront d’ailleurs, je l’espère, s’étendre à d’autres professions intellectuelles : médecins, avocats, journalistes… Peut-être la vôtre ? Au fond, c’est ça que j’aime le plus dans ma thèse : qu’elle puisse permettre à de nombreuses personnes de prendre davantage de plaisir dans le travail. Ce qui finalement occupe tant de place dans nos vie à tous.

 

Jean-Yves Ottmann est en 2ème année de thèse au laboratoire Dauphine Recherches en Management (DRM) - (CEA).

Il étudie "Les risques psychosociaux dans les métiers scientifiques : le cas du CEA".