Publié le 8 décembre 2017
Innovation

En 2017, sans design, point de salut. On se meuble "design", on s’équipe "design", on conduit "design", on vend "design", et on pense même "design". D’où vient cet engouement pour une discipline à haut risque pour ceux qui la pratiquent et qui sont-ils ? Vincent Créance, chef de projet design center de l’Université Paris-Saclay, nous en dit plus sur le métier de designer.

Le designer est un curieux ; un curieux de tout et de rien ; un curieux infatigable qui assume de surcroit de rêvasser, papillonner, s’inspirer de ce qui l’entoure, détail ou montagne… avant de dessiner.  Car le mot design vient du latin designare qui signifie tout à la fois dessiner, arranger, ordonner.

Mais un designer a  bien d’autres qualités.

Un bon esprit de synthèse pour «  brasser large », bien au-delà de son expertise, avant de pouvoir catalyser l’ensemble des données acquises sous une nouvelle forme.

Le designer doit aussi être polyglotte : il doit entendre tous les langages, technologiques, marketing, sociologiques…et savoir dialoguer avec chacun, comprendre leurs différents objectifs, avant de les fondre sous une forme où tous pourront s’y reconnaitre.

Faire appel à l'intelligence et à l'émotivité

Car le travail du designer est, avant toute chose, une « mise en forme », au même titre qu’il existe des « mises en scène » dans le domaine des arts du spectacle. Et pour que le succès soit complet, il faut que cette « mise en forme » s’adresse non seulement à l’intelligence des personnes auxquelles elle est destinée, mais aussi à leur cœur : l’émotivité est le royaume du designer, le ressort suprême qu’il actionne pour générer une adhésion immédiate, intuitive au fruit de son travail. C’est tout aussi vrai pour des produits physiques que pour des interfaces numériques, les services *. Cœur, émotion, intuitivité : autant de mots qui justifient la dimension artistique, indissociable du travail du designer. « L’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme» disait André Malraux. En témoigne l’attention portée par les designers à la qualité de la formalisation, et j’ose dire à sa qualité esthétique.

En symbiose avec son époque, le designer aime avant tout les belles choses. Si on ne peut caractériser la beauté, elle n’en existe pas moins et on la désire toujours. La beauté est totalement liée à l’époque où elle s’épanouit et le designer prend à bras le corps cette  quête, tente de l’embrasser.

Pour y  parvenir, le designer doit déployer une bonne dose de talent. Il ou elle n’y échappe pas et c’est une dimension critique de ce métier. C’est une poudre de perlimpinpin qui fait le succès public de toute création mais dont la recette n’est pas connue et la formulation chimique n’est ni stable ni constante... Les designers travaillent sans filet et sont sans doute un peu inconscients. Je préfère penser qu’ils savent faire preuve d’un certain courage quand ils prennent parti, proposent leurs visions, s’exposent personnellement dans leur production, avec si peu d’éléments tangibles à leur disposition pour convaincre du bien-fondé de leurs réalisations. Les échecs sont douloureux, inévitables mais les succès sont si gratifiants quand le design crée de la valeur pour une marque, répond à des attentes, érige une tendance, parle au futur…

Les designers à travers les âges

Le premier designer de génie est  d’ailleurs un personnage célèbre, curieux de tout, imaginatif, habile et précis, qui a pris le risque de dessiner ce dont il rêvait ou ce que la nature lui inspirait. Ce génie alliait la maitrise technologique à la maitrise artistique à une époque où tout était lié. Il poussa la démarche jusqu’à apprendre à maitriser des techniques artisanales pour laisser s’épanouir ses idées nouvelles, inventer de nouveaux objets, de nouveaux usages et devenir emblématique de toute une époque. Vous l’aurez sans doute reconnu : il s’agit de Leonard de Vinci, bien sûr.

Pour la période contemporaine, aux Etats-Unis, tout le monde connait Jonathan Ive, l’artisan du design d’Apple, internationalement considéré. En Italie, le design est souvent résumé à la figure symbole d’Ettore Sottsass dont la grande période va des années 60 à jusqu’au début des années 90 et qui combattra au milieu des années 60  le consumérisme induit par le design en créant, recyclant, combinant les usages. Mais il y a  bien d’autres grands noms comme Gae Aulenti, Alessandro Mendini, Andrea Branzi, Michele De Lucchi, et avant eux les frères Castiglioni, ou Gio Ponti.

De même, en Scandinavie, Arne Jacobsen et Alvar Aalto  (actifs durant les années 30 à 60) ont tendance à résumer à eux seuls toute une tendance portée par de nombreux autres designers. Leurs meubles sont des classiques encore vendus en grande quantité aujourd’hui.

Parmi ces grandes figures historiques qui ont franchi l’épreuve du temps, on trouve bien sûr des français : Jean Prouvé, Charlotte Perriand, et plus récemment Roger Talon, sans oublier le franco-américain Raymond Loewy, créateur par exemple du fameux logo de la marque  LU ou la marque NEWMAN qu’on lit aussi bien à l’envers qu’à l’endroit.

C’est le rêve de tout designer, inventer et laisser une trace, des références.

Être de son temps en somme.       

Vincent Créance, chef de projet design center de l’Université Paris-Saclay

Voir aussi

Inauguration de The Design Spot, le centre de design de l’Université Paris-Saclay

The Design Spot

Les masters de design Université Paris-Saclay

Alessandro Mendini a reçu le diplôme Docteur Honoris Causa de l’ENS Cachan

 

*le design est protéiforme, et couvre de multiples disciplines, sans cesse plus nombreuse : design de produits, design d’espace, design graphique, design d’interface, design de service, design thinking, design packaging, motion design, design textile, design sonore, design culinaire, etc…