Publié le 27 février 2018
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Sur le plateau de Saclay, les agriculteurs et les chercheurs travaillent main dans la main pour parvenir à une agriculture moins dépendante des engrais de synthèse mais restant rentable.

Le Salon de l’agriculture qui ouvre ses portes le 24 février est l’occasion pour les citadins de redécouvrir l’agriculture. Mais le monde des villes et celui des champs peuvent collaborer pour parvenir à une agriculture innovante moins dépendante des engrais de synthèse, comme le montre le projet Proleg, coordonné par l’INRA de Grignon, membre de l’université Paris-Saclay. Ce projet rassemble des agriculteurs, des chercheurs de l’INRA et de l’institut technique Terres Innovia, ainsi que la chambre d’agriculture d’Île-de-France. Ce projet, qui se déroule entre 2016 et 2020, vise à substituer  les engrais issus de pétrole par des sources alternatives, sans réduire les revenus des agriculteurs.

Compost, fumier et légumineuses

Pour diminuer les engrais de synthèse, il faut utiliser d’autres sources d’azote, telles que les composts, les fumiers, les digestats (matières organiques issues de méthaniseurs), ou bien la culture de légumineuses qui apportent naturellement de l’azote. « Nous étudions à la fois les effets agronomiques de ces apports, mais aussi les aspects économiques, les conséquences pratiques pour les agricultures, indique Sabine Houot, directrice de recherche à l’INRA et responsable du projet Proleg. Nous regardons aussi les impacts environnementaux : il ne s’agit pas d’introduire de nouveaux contaminants dans les sols par ces nouvelles pratiques ! »

Ces recherches sont menées au champ dans la plaine de Versailles près de Grignon (Yvelines) et sur le plateau de Saclay, en collaboration avec l’association Terre et Cité, dont le but est de préserver et valoriser les terres agricoles du plateau de Saclay, et qui rassemble des agriculteurs, des collectivités, des associations, des entreprises, et des instituts de recherche tels que le laboratoire d’excellence BASC.

Déchets locaux

En Île-de-France, il y a peu d’élevages susceptibles d’apporter des engrais naturels. Mais il existe d’autres sources, liées à la proximité de nombreuses villes. « Nous étudions toutes les ressources organiques susceptibles d’être utilisées en agriculture, indique Sabine Houot. Nous regardons les quantités disponibles, la qualité, et l’intérêt agronomique, c'est-à-dire la disponibilité des éléments fertilisants. Nous pouvons ainsi évaluer combien d’engrais synthétiques peuvent être substitués. » C’est le cas notamment des déchets verts des villes environnantes, qui sont compostés dans une ferme du plateau de Saclay, ainsi que des fumiers et lisiers produits par la ferme de Viltain située à proximité.

Ces recherches viennent compléter d’autres études menées depuis 20 ans chez un agriculteur près de Grignon, visant à comparer différents modes de fertilisation. Car si les effets fertilisants des lisiers ou des digestats  s’observent à court terme, les effets des composts sur les teneurs en matière organique des sols sont visibles à plus long terme. L’agriculture respectueuse de l’environnement et ayant recours à des sources d’azote alternatives aux engrais minéraux est une démarche de longue haleine !

Bon pour le climat

Outre leur intérêt pour rendre les sols plus fertiles, ces pratiques pourraient avoir des conséquences positives sur le climat. En effet, cela permet de maintenir dans le sol du carbone qui, sinon, irait augmenter l’effet de serre. Comme le montre l’initiative « quatre pour mille », si nous augmentions de seulement 0,4 % la quantité de carbone stocké dans les 30 premiers centimètres de sols, cela permettrait de stopper l’augmentation des émissions de CO2 vers l’atmosphère.

D’autres territoires mènent des études semblables, dans le cadre du programme national ProTerr financé par l’Ademe. Ils sont localisés : en Alsace, densément peuplée, en Bretagne, riche en élevages, et à la Réunion qui, parce qu’elle est une île, est contrainte par les coûts d’importation des engrais minéraux et se doit de gérer localement ses déchets.

Le projet Proleg ne se contente pas d’étudier scientifiquement la substitution des engrais de synthèse, il va aussi développer un outil d’aide à la décision pour les agriculteurs. « Il s’agira d’une interface sur ordinateur, dans laquelle on pourra tester différents scénarios, explique Sabine Houot. Par exemple, si on valorise telle matière fertilisante  dans telle succession de culture, quel sera le résultat sur la qualité du sol, l’économie d’engrais ou l’impact économique ? Cela permet de comparer des stratégies de fertilisation. » Et surtout, de travailler avec  les agriculteurs pour tester des pratiques innovantes. Pour les aider à mieux valoriser ces ressources alternatives qui pourraient contribuer au bien-être de notre planète.

 

Voir aussi

Un master sur l’agriculture au sens large