Publié le 29 novembre 2017
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Pour comprendre comment le virus du sida agit dans nos organismes, les scientifiques de l’Université Paris-Saclay étudient des milliers d’échantillons issus de personnes infectées.

Depuis les années 80, les scientifiques et les médecins luttent contre le sida, avec des résultats notables : cette maladie n’est plus forcément mortelle aujourd’hui, elle est devenue une infection chronique. Pourtant, on ne sait pas encore guérir cette infection. Christine Bourgeois, chargée de recherche au centre « Immunologie des maladies virales et autoimmunes » commun au CEA Paris-Saclay, à l’Université Paris-Sud et à l’Inserm, continue les recherches avec son équipe pour mieux comprendre ce virus, et, in fine, l’éradiquer. En cette Journée du sida, le 1er décembre, elle revient sur ses dernières découvertes.

« Nous travaillons sur des prélèvements sanguins issus de deux groupes de patients sous l’égide de l’ANRS, l'agence française de recherches sur le sida, indique la chercheuse. La cohorte « PRIMO » rassemble 2300 personnes, suivies dès le début d’infection (le premier prélèvement a lieu en moyenne 35-40 jours après l’infection). C’est très important car nous pensons que l’évolution de la maladie (gravité, réponse aux traitements…) se joue dans ces moments précoces. » Le travail sur ce groupe de patients permet de mieux répondre à des questions telles que « faut-il traiter les personnes infectées le plus tôt possible, bien que les traitements aient une toxicité ? » La réponse semble oui. Ou encore  « Quelles sont les réponses immunitaires rapidement mobilisées ? »

De nombreux facteurs

Le deuxième groupe de patients sur lequel Christine Bourgeois travaille, baptisé CODEX, est constitué de 350 « contrôleurs spontanés » : il s’agit des rares malades (0,5 % des personnes infectées) dont l’organisme contrôle le virus spontanément, sans traitement. « Il est très important de comprendre ce que ces patients ont déclenché pour contrôler ce virus, souligne la chercheuse. Il y a une composante génétique, mais d’autres facteurs modulant les réponses immunitaires sont à explorer. Le microbiote, le régime alimentaire, la bonne santé générale pourraient jouer un rôle dans l’issue de la bataille entre le virus et le système immunitaire. »

Concrètement, l’équipe de Christine Bourgeois analyse les prélèvements sanguins de ces patients, tandis que d’autres équipes mènent les études virologiques (dosage des charges virales, séquençage du génome du virus), métaboliques, sociologiques et épidémiologiques. Elle étudie la qualité des cellules lymphocytaires (chargées de la réponse immunitaire). « Nous regardons notamment les marqueurs de vieillissement de la cellule, leur activité antivirale directe », précise Christine Bourgeois. Mais au-delà de la cellule elle-même, nous regardons la manière dont elles communiquent entre elles  et si ce dialogue est perturbé. »

Des virus cachés

Parmi les questions auxquelles les scientifiques tentent de répondre : pourquoi ne parvient-on pas à éradiquer le virus, malgré les antirétroviraux (les médicaments les plus efficaces aujourd’hui).  La réponse est liée à l’existence de sites « réservoirs » où le virus est caché, lorsqu’il ne circule plus dans le sang. Il faut pouvoir accéder à ces sites pour le traquer. « Nous avons montré que le tissus adipeux (notre gras) est un site réservoir. Nous savions que certains organes connus pour leur activité immunitaire, comme la moelle osseuse, les ganglions ou les intestins étaient des réservoirs, mais le fait qu’un tissu « neutre » comme le tissu adipeux était aussi infecté est une surprise. Or, le gras représente 15 à 20 % de notre masse, et il est partout. Cela donne une idée de la dissémination du virus ! » L’équipe de Christine Bourgeois essaie maintenant de comprendre pourquoi il persiste dans ces tissus, et comment le déloger, car il n’est pas certain que les antirétroviraux parviennent jusqu’aux tissus adipeux. La traque continue.

Pour en savoir plus : découvrir le master Agents infectieux - interaction avec leurs hôtes et l'environnement (A2I)