Publié le 17 octobre 2016
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Professeure des Universités à l'ENS Paris-Saclay, Sylvie Pommier est lauréate de la médaille Réaumur, qui récompense tous les deux ans une personnalité française ou étrangère dont les travaux ont eu des conséquences importantes dans les domaines de la durabilité ou de l'assemblage. Elle est la première femme depuis 1958 à obtenir ce prix.

Sylvie Pommier, tout d’abord félicitations ! En quoi consiste exactement votre activité ?

Sylvie Pommier : Je suis professeure des universités. Une partie de mon activité consiste à m’occuper du collège doctoral de l’Université Paris-Saclay, 3 jours sur 5. Le reste du temps, je suis à l'ENS Paris-Saclay pour faire de la recherche et de l’enseignement.

Dans quel domaine de recherche êtes-vous spécialisée ?

S.P. : Mon thème principal de recherche c'est la rupture, les problèmes de fissuration des matériaux par fatigue. La question que l’on se pose, c’est celle de la durabilité. Quand on met un système ou un composant en service, combien de temps peut-il fonctionner ? 

Ce qui est intéressant, c'est que la durabilité dépend d’un ensemble de phénomènes complexes, couplés, dont on doit tenir compte : les chargements qui varient au cours du temps, le vieillissement du matériau, l’environnement thermique ou chimique, etc.

Concrètement, sur quoi portent vos travaux de recherche ?

S.P. :  On essaie de mettre en place des méthodes qui permettent ensuite aux ingénieurs en entreprise d'avoir des outils efficaces pour faire des prédictions de durée de vie en tenant compte de ces phénomènes complexes, ou pour évaluer s'ils peuvent, oui ou non, prolonger la durée de vie d’un système.

Dans quel domaine cela peut-il être utilisé ?

S.P. :  C'est très large ! Mais comme ce genre de méthode reste encore complexe à mettre en œuvre, on ne l'applique que pour des cas où l’on en a vraiment besoin : principalement dans le transport de personnes (train, avion, bateau) ou la production d'énergie, c’est-à-dire des domaines où la défaillance d’un système pourrait avoir de graves conséquences.

Vous avez beaucoup travaillé avec de grands groupes, dont Safran, EDF, AREVA, SNCF etc. Cela a-t-il eu un impact sur votre travail ?

S.P. : Dans mon domaine, c'est très courant : on travaille beaucoup avec l'industrie. Tout est très codifié, un peu comme dans le domaine de la pharmacie : avant de pouvoir vendre un avion, il faut d’abord une autorisation de mise en service, avec la réalisation de nombreux tests. Entre l’élaboration en laboratoire de nouvelles méthodes pour la conception et leur utilisation en vue d’une certification dans l’entreprise, de nombreuses étapes de preuve de concept et de validation sont nécessaires et heureusement.
 
Ce prix, il vous a été attribué en raison du caractère innovant de vos recherches ?

S.P. : Très objectivement, nous ne sommes pas si nombreux en France à travailler sur les questions de fatigue. On a fait des choses originales et c’est sans doute ce qui explique ce prix. Après, je connais d'autres personnes de talent qui font également des recherches originales dans le domaine !

Vous êtes la première femme à obtenir cette récompense depuis que le concours existe, c’est-à-dire 1958… 

S.P. : Dans ma section du CNU, il n'y a que 13% de femmes parmi les professeurs des universités. C’est très peu. De plus, c’est un secteur où comparativement à d’autres disciplines, les prix ne sont pas si nombreux. Donc oui, ça me fait plaisir. Ça n'arrive pas souvent !

Vous pensez que plus de femmes pourront obtenir plus de reconnaissance scientifique à l'avenir ?

S.P. : Oui, depuis quelques années, cela va en s’améliorant. Dans les conférences scientifiques par exemple : par le passé, les comités scientifiques étaient composés exclusivement d'hommes. Aujourd’hui, il y a presque systématiquement des femmes. Donc cela évolue positivement, même si le réveil est tardif. J’espère bien que l’on ne va pas s'arrêter en si bon chemin !