Publié le 7 décembre 2018
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Riad Haidar

Riad Haidar, directeur scientifique à l’ONERA (Office national d’études et de recherches aérospatiales), a reçu le prix Aymé Poirson 2018 de l’Académie des sciences, qui distingue chaque année un expert dans le domaine des applications de la science à l'industrie. Ingénieur, chercheur, enseignant, rédacteur en chef de la revue PHOTONIQUES de la Société française d’optique, il mène ses travaux dans le domaine de la nanophotonique, à la jonction entre l’électronique et l’optique, pour des applications dans l’aéronautique.

Ingénieur opticien de formation, Riad Haidar travaille la lumière dans tous ses états : l’analyse spectrale de l’atmosphère décèle polluants ou composants inhabituels. « Grâce aux infrarouges, il est possible de détecter un objet invisible à l’œil nu, par exemple les molécules des polluants de l’air. Pour ce faire, plusieurs solutions plus ou moins compliquées existent : compactes, macroscopiques ou intégrées. A terme, nous aimerions tester en vol nos instruments embarqués et étudier leur comportement. Les applications concernent la défense et l’aide à la navigation de notre aviation, civile ou militaire » explique le chercheur, qui a déposé plusieurs brevets dans le cadre de projets avec les industriels de l’aéronautique.

Une recherche fondamentale à visée applicative

« À mon arrivée à l’ONERA, j’ai monté un groupe de travail sur la nanophotonique, soit la physique d’un dispositif dont la dimension caractéristique est à l’échelle de quelques nanomètres, une thématique alors encore émergente. Il fallait apporter une réponse pertinente au besoin de systèmes compacts ou intégrés. Pour adresser l’ensemble des aspects théoriques, technologiques et expérimentaux, nous avons créé le laboratoire commun de Micro et nano-optique (MiNaO - CNRS/ ONERA), en partenariat étroit avec une équipe du Centre de nanosciences et de nanotechnologies (C2N). » Riad Haidar dirige aujourd’hui les quelque 400 chercheurs du domaine physique de l’ONERA. « Nous faisons monter en maturité des concepts très fondamentaux, en amont de leur application industrielle, en collaborant étroitement avec Airbus, Safran, Thales et la constellation de PME ou TPE qui gravite autour. »

Du Sénégal à Saclay

Né au Sénégal, Riad Haidar démarre ses études au lycée français de Dakar. Après une classe préparatoire parisienne, il les poursuit à l’École supérieure d’optique, à Orsay. « J’ai toujours souhaité faire de la recherche et enseigner. Je dois à mon professeur de physique de 1re mon goût pour l’optique. Passionné par les manipulations réalisées au sein du club d’électronique, je me suis plongé dans la lecture d’un des rares magazines de vulgarisation disponibles à la bibliothèque du lycée. Aussi irréel que cela puisse paraître, je n’ai découvert que bien plus tard que son auteur, Emmanuel Rosencher, n’était autre que celui qui était devenu mon directeur de thèse (soutenue à l’ONERA en 2003). »

Entretenir la flamme

Il existe des moments forts dans la recherche. Pour Riad Haidar, il y a, par exemple, celui où « l’objet dessiné sur un bout de papier se transforme en objet physique dont on peut mesurer les propriétés et confirmer le comportement prévu par la théorie. » Ou encore celui où « l’on voit s’accomplir un de nos doctorants en tant que chercheur. Avant de conclure « qu’il faut veiller à promouvoir et entretenir la flamme de la recherche auprès de cette génération. Car je crois profondément que la souveraineté industrielle de la France passe par la formation de notre corps de chercheurs et d’ingénieurs. »