Publié le 14 décembre 2018
Recherche
©Philippe Ciais

En décernant le prestigieux prix Dolomieu à Philippe Ciais, l’Académie des sciences souligne l’importance de la compréhension des cycles biogéochimiques des gaz à effet de serre. Une double reconnaissance pour ce chercheur du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE – CEA/CNRS/Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) : celle de sa discipline, qui a émergé dans les années 90, et celle de ses nombreux travaux de recherche concernant l’impact du carbone sur les écosystèmes de notre planète.

Pour Philippe Ciais, tout démarre en Antarctique : il soutient en 1992 une thèse de glaciologie isotopique sous la direction de Jean Jouzel, le célèbre climatologue. « J’ai eu la chance d’échantillonner des forages de glace à Vostok. J’établissais des modèles pour comprendre comment l’écoulement très lent de l’intérieur de la calotte de glace vers l’océan austral pouvait modifier les profils des isotopes de l’eau. » Mais sa vocation de chercheur ne naît véritablement qu’à la fin de son post-doc à Boulder, aux États-Unis. « Cette ville du Colorado est connue pour sa concentration unique de chercheurs travaillant sur les changements climatiques, notamment au National Center for Atmospheric Research (NCAR), qui centralise les moyens de plusieurs universités, et à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l’agence publique américaine responsable de l'étude de l'océan et de l'atmosphère. »

Le climat influence-t-il les écosystèmes ?

De retour en France au début des années 90, il rejoint le Laboratoire de modélisation du climat et de l'environnement, qui fusionnera plus tard avec le Centre des faibles radioactivités, pour devenir le LSCE d’aujourd’hui. Là, il tente d’évaluer l’influence du climat sur les écosystèmes. Pour cela, il étudie les mécanismes d’absorption du carbone par la végétation. « Outre les précipitations et les températures, d’autres facteurs influant sur les écosystèmes sont à étudier, comme la composition atmosphérique en dioxyde de carbone (CO2) et les apports d’azote. Mon travail consiste à mettre en cohérence des données (taux de végétation, de carbone dans les sols…) issues de différentes sources, comme des satellites, qui mesurent les écosystèmes. La capacité d’absorption du carbone par les plantes et les sols sera déterminante pour les projections climatiques futures », confie le chercheur.

Nourrir la planète au siècle prochain

Philippe Ciais étudie aujourd’hui les écosystèmes cultivés au sein de l’Institut de convergence Cland (Changement climatique et usage des terres) sur le plateau de Saclay, un secteur peu exploré selon lui. « Nous constatons par exemple en France que les rendements des principales cultures stagnent depuis dix ans. Cela découle-t-il de facteurs économiques et de mesures environnementales limitant l’apport d’engrais, ou s’agit-il d’une manifestation du changement climatique récent ? », s’interroge le chercheur. « On demande aux écosystèmes à la fois de piéger du carbone dans les arbres et dans les sols et de produire de la biomasse pour faire face au changement climatique : c’est un véritable défi pour nos sociétés et la communauté scientifique ! », conclut Philippe Ciais.

 

Par Sophie Dotaro.