Publié le 29 novembre 2018
Recherche
Patrick Wincker

Patrick Wincker, directeur du Genoscope, vient pour la première fois de recevoir le Grand Prix Science et Innovation du CEA de l’Académie des Sciences : une reconnaissance à la hauteur de ce pionnier de la génomique dont les recherches se tournent aujourd’hui vers la biologie environnementale.

Si Patrick Wincker se réjouit « qu’il n’y ait plus aujourd’hui de chemin tout tracé » pour les jeunes chercheurs qu’il encadre, « à partir du moment où ils sont dans un environnement intellectuellement riche et ouvert qui leur donne envie de progresser », son propre parcours s’inscrit, lui, dans la génétique dès la sortie du lycée. « Le code avait été décrypté quelques années plus tôt, c’était le bon moment pour entrer dans la génétique moléculaire », se souvient Patrick Wincker, venu au métier de chercheur sans se poser de questions. Car pour lui la recherche est une qualité naturelle : « si on ne l’a pas, on n’est pas fait pour ce genre de métier ».

A l’origine du séquençage du génome humain

Patrick Wincker fait partie de la grande aventure du séquençage du génome humain dès la création du Genoscope – le centre national du séquençage - en 1997, dont il prend la direction en 2015, succédant ainsi à Jean Weissenbach. Pour mettre les outils de la génomique à la disposition de la communauté académique en France, il fallait créer une structure de services. « Comme responsable de plusieurs projets en génomique, mon rôle, durant plusieurs années, a donc été de la populariser au niveau de la recherche académique. » Un rôle qui lui vaut aujourd’hui d’être distingué pour la première fois par l’Académie des Sciences. « Ce Prix récompense le travail accompli et les résultats scientifiques obtenus depuis 20 ans. Mais il salue aussi une certaine façon de faire de la recherche, tournée vers la collaboration, celle qui obtient des résultats et aide les autres à en obtenir », explique le directeur du Genoscope.

L’ADN de l’interdisciplinarité

La génomique est par définition interdisciplinaire, car elle lie la biologie et l’informatique : une nécessité pour aller plus loin dans l’explication du monde du vivant. Patrick Wincker dirige aussi une équipe1 de six chercheurs aux profils scientifiques différents, dont l’objectif est de passer du stade de la génomique (séquençage de génome, comparatif) à l’étude des écosystèmes. « Après l’étude du génome humain, de celui de plantes et d’animaux, nous réalisons aujourd’hui des projets de métagénomique2 pour des écosystèmes entiers. »

Décrypter le monde du vivant

La biologie a beaucoup progressé, mais en réalité nous connaissons peu le monde du vivant. « Nous avons d’abord étudié ce qui est nécessaire à une cellule. Or un organisme ne vit pas seul, il a des fonctions qui lui sont indispensables pour survivre dans son environnement ». Ces organismes n’ont pas été sélectionnés pour être des modèles en laboratoire : « il n’y a donc pas d’autre voie que la génomique pour les analyser», constate Patrick Wincker, qui ouvre ainsi une nouvelle ère de la génétique. « Il y a des découvertes importantes toutes les semaines ! La génomique a occupé les dernières décennies du xxe siècle et captivera encore longtemps » conclut-il.

 


 

1 Le laboratoire d’Analyses génomiques des Eucaryotes étudie la structure et l'évolution des génomes eucaryotes, ainsi que la structure et la fonction des communautés environnementales eucaryotes par des méthodes bio-informatiques. Il est structuré autour d'un thème de recherche transverse (la dynamique des gènes orphelins) et de trois domaines d'études, la génomique végétale, la génomique fongique et la métagénomique du plancton marin.

2 A l'inverse de la génomique qui consiste à séquencer un unique génome, la métagénomique séquence les génomes de plusieurs individus d'espèces différentes dans un milieu donné.