Publié le 28 novembre 2019
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Olivier Delelis

Olivier Delelis est chercheur au Laboratoire de biologie et pharmacologie appliquée (LBPA - Université Paris-Saclay, ENS Paris-Saclay, CNRS) et se consacre depuis plus de 20 ans à la recherche sur le sida. Au sein de l’équipe « Biophotonique des interactions moléculaires », il s’est spécialisé dans les mécanismes de résistance aux molécules de dernière génération qui soignent les patients atteints par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH).

Au sein du Laboratoire de biologie et pharmacologie appliquée (LBPA - Université Paris-Saclay, ENS Paris-Saclay, CNRS), l’équipe multidisciplinaire et multitechnique d’Olivier Delelis s’intéresse particulièrement aux problématiques de résistance du VIH aux anti-intégrases. Ces molécules inhibent l’étape d’intégration du génome du rétrovirus dans le génome humain réalisée grâce à une protéine virale, l’intégrase. En étroite collaboration avec des cliniciens de l’hôpital de la Salpêtrière, le centre de référence national sur le sida - une centaine de patients y est suivie -, le chercheur caractérise des mutations de résistance apparues dans le gène de l’intégrase lors du développement des premiers inhibiteurs, tels que le raltégravir en 2007.

Une autre voie de réplication du virus

« De manière surprenante, nous avons constaté que le VIH résiste aux nouveaux inhibiteurs de l’intégrase, comme le dolutégravir, sans créer de mutation au niveau du gène de la protéine, mais à d’autres endroits du génome viral », explique le chercheur. À partir du séquençage du gène de la protéine, l’équipe réalise une analyse biochimique et bio-cellulaire, et en collaboration avec les cliniciens de l’hôpital de la Salpêtrière, perce, il y a deux ans, le fonctionnement de cette résistance. « Celle-ci implique une modification profonde du mécanisme de réplication du virus. Le substrat issu de cette modification n’est plus l’ADN linéaire, comme couramment décrit, mais une molécule circulaire. Ce type de molécule non intégrée permet au virus de se répliquer tout en s’affranchissant de l’étape d’intégration de son ADN. » Un mécanisme largement sous-estimé du fait des immenses progrès thérapeutiques réalisés au moyen des nouvelles molécules développées. « Pour éradiquer définitivement le VIH, il faudrait comprendre toutes ses voies de réplication de manière exhaustive », estime Olivier Delelis.

De Cachan à Saclay

Après l’ENS Lyon, Olivier Delelis soutient une thèse sur les rétrovirus en 2002 à l’Institut Cochin. Il réalise deux ans plus tard un post-doctorat au LBPA, puis obtient le concours de chargé de recherche au CNRS en 2009. Il rejoint l’équipe d’Eric Deprez et devient directeur de recherche en 2017. Le déménagement du laboratoire avec l’ENS Paris-Saclay, prévu en 2020, au cœur de l’université Paris-Saclay lui permettra de renforcer ses collaborations, d’accéder à d’autres technologies, d’étendre son réseau et de gagner en visibilité. « J’ai toujours été intrigué par la complexité de l’écosystème humain. Comment un individu peut-il être tué par un virus aussi petit alors qu’il est constitué d’amas de milliards de cellules ? », signale le chercheur.

Les Journées Sidaction

Sa motivation, Olivier Delelis la puise dans l’espoir d’offrir de meilleures conditions de vie aux patients et d’éradiquer un jour le sida. « Les voies alternatives de la réplication du virus se révèlent lors de l’apparition de nouvelles molécules. Il n’est donc pas si simple à contrecarrer. Nous devons donc continuer nos efforts de recherche », confie-t-il. Le LBPA organise depuis trois ans les journées Sidaction. « L’occasion pour les chercheurs, dont ceux du laboratoire, de sensibiliser les étudiants et le grand public aux dernières avancées scientifiques réalisées dans la lutte contre le VIH, sans oublier l’aspect prévention. En 2019, la journée Sidaction a remporté un franc succès. 200 personnes sont venues pour écouter Françoise Barré-Sinoussi, qui a reçu en 2008 le Prix Nobel de médecine avec Luc Montagnier pour la découverte du virus. » Rendez-vous est pris à Saclay pour la prochaine édition, le 1er décembre 2020 : celle-ci coïncidera avec la journée internationale contre le sida.

 

Sophie Dotaro.