Publié le 5 mars 2019
Recherche

Marie-Christine Boutron-Ruault est directrice de recherche au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP - Inserm/Université Paris Descartes/Université Paris-Sud/Université Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines). Médecin, physiopathologiste convaincue, elle a été l’une des premières au monde à faire le lien entre certaines pathologies et des facteurs comme le tabac ou la nutrition. Portrait d’une chercheuse que sa double compétence guide vers des découvertes qui nous touchent au quotidien.

Marie-Christine Boutron-Ruault a toujours eu envie de combiner médecine et recherche, et a finalement choisi de devenir « médecin interniste à compétence gastro-entérologue ». Etudiante à Dijon, elle enchaîne stages hospitaliers et spécialisations en immunologie, pharmacologie, épidémiologie. Boulimique de travail jusqu’à la limite, elle profite de toutes ses expériences, même les plus difficiles. Elle est un an médecin de SMUR à Nevers avant de réussir son concours d’internat et d’être affectée à Dijon. Poussée par ses « patrons », elle se présente au concours de l’Inserm, qu’elle obtiendra plus tard.                        

 

Des compétences transversales

Ces deux « patrons » de l’hôpital de Dijon, le Pr François Martin en médecine interne et immunologie-cancérologie, et le Pr Jean Faivre en gastro-entérologie, ont beaucoup marqué Marie-Christine Boutron-Ruault au début de sa carrière. Chacun décèle son grand potentiel et aucun ne veut s’en séparer. Elle aide celui qu’elle considère comme son mentor – le Pr Jean Faivre - à créer un registre de cancers digestifs et à mettre en place une étude internationale avec une dizaine de centres en Europe. « Il m’a permis de mettre un pied très jeune dans des congrès internationaux et m’a obtenu une bourse du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pour aller étudier un an à Londres à la fin des années 80 ». Sachant que le poste de chargée de recherche à l’Inserm l’attendait à son retour, la chercheuse profite à fond de son séjour et obtient haut la main son Master of Science en épidémiologie.

 

Les facteurs de risques de maladies chroniques

De retour en France, Marie-Christine Boutron-Ruault rejoint le Registre bourguignon des cancers digestifs où elle a été nommée, puis cinq ans plus tard part à Paris dans une unité de recherche Inserm qui associe gastroentérologie et nutrition à l’hôpital Saint-Lazare. A la fermeture de celle-ci, elle contribue à créer avec Serge Hercberg une unité mixte de recherche (Inserm/Cnam/INRA). En janvier 2005, elle est accueillie au CESP où elle co-dirige puis dirige une équipe de recherche qui ne cesse depuis de grandir. Plus de 60 personnes sont prévues en 2020. L’équipe étudie les rapports entre mode de vie, gènes et santé. Elle est notamment spécialisée dans l’étude de cohortes, dans le but de mieux comprendre les facteurs de risque environnementaux et génétiques des principales maladies chroniques.

 

Cancer et viande rouge

Qui n’a pas entendu parler du rapprochement entre consommation de viande rouge et cancer colorectal ? Ou des potentiels risques de certains compléments alimentaires, ou de l’excès de vitamine C sur le cancer du sein ? Ces résultats, la chercheuse les doit à son approche « aristotélicienne » : « je suis convaincue que nous sommes un mélange de corps et d’esprit. J’ai toujours eu cette approche pragmatique, physiopathologique, qui consiste à beaucoup analyser pour tenter de comprendre les mécanismes de survenue des maladies, pour mieux les prévenir. » L’équipe est partie prenante de l’IRS Paris-Saclay NutriPerso sur le diabète. Elle est également en train de créer un axe « dépression et risque du cancer » en collaboration avec des médecins de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre.

 

Des sujets sociétaux

Du fait de leur fort impact sur ses concitoyens, la chercheuse communique beaucoup sur ses résultats : « l’épidémiologie nutritionnelle est une discipline incontournable qui donne un éclairage nouveau sur notre santé et permet de formuler des messages préventifs clairs ». Mais elle sélectionne les journalistes, afin de ne pas créer le « buzz » et « risquer de perdre la confiance des gens ». Par conséquent, elle délègue beaucoup sa recherche à ses jeunes collègues, attendant les résultats « comme les boîtes de chocolats à Noël ». Marie-Christine Boutron-Ruault n’est donc jamais à court de quelques « pépites » comme elle les appelle : des résultats d’études à paraître bientôt. « Je ne m’ennuie jamais », confie-t-elle. On veut bien la croire.

 

Par Sophie Dotaro.