Publié le 6 novembre 2017
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Des recherches menées au sein de l’Université Paris-Saclay montrent que la prise d’antibiotiques affecte l’efficacité d’un traitement par immunothérapie chez des patients atteints d’un cancer.

Environ 20% des malades du cancer prennent des antibiotiques. Or des chercheurs de Gustave Roussy, l’Inserm, l’Inra, l’AP-HP, IHU Méditerranée Infection et l’Université Paris-Sud ont démontré que ces substances qui luttent contre les bactéries rendent l’immunothérapie, un traitement contre le cancer, moins efficace.

Véritable révolution thérapeutique, l’immunothérapie a prouvé sa supériorité sur le traitement standard dans la prise en charge du mélanome métastatique, du cancer du poumon, du rein ou encore de la vessie. Ce traitement déclenche le réveil du système immunitaire du patient, afin qu’il lutte contre le cancer. Il permet non seulement de réduire la taille des tumeurs mais aussi, et pour la première fois, de prolonger notablement la survie des malades, voire de les guérir de cancers métastatiques ou localement avancés. Mais son efficacité est limitée à une proportion de malades : certains patients ne répondent pas, ou répondent mal, au traitement.

Une bactérie bénéfique

Pour comprendre, les chercheurs ont analysé tous les gènes bactériens présents le microbiote intestinal de patients traités par anticorps « anti-PD-1 ». Ils ont montré que la présence de la bactérie Akkermansia muciniphila est associée à une meilleure réponse de ces patients à l’immunothérapie. Supprimer cette bactérie via des antibiotiques empêcherait donc le traitement contre le cancer de faire effet complètement, en créant un déséquilibre au niveau du microbiote intestinal.

Plus précisément, l’étude publiée dans la revue Science démontre que la prise d’antibiotiques deux mois avant et jusqu’à un mois après le début du traitement a un impact négatif sur la survie sans progression de la maladie et la survie globale des patients atteints de cancer avancé du poumon, du rein ou de la vessie.

 

Le microbiote intestinal (anciennement appelé flore intestinale) est un écosystème complexe composé de 100 000 milliards de bactéries, virus, archae, parasites, levures, etc. Ceux-ci colonisent l’intestin dès la naissance et participent à la maturation des défenses immunitaires. Chaque individu est doté d’un microbiote qui lui est propre. Sa composition est dictée par des facteurs génétiques, nutritionnels et environnementaux.

Booster un microbiote défavorable

De plus, si l’on administre la même bactérie à des souris comportant un microbiote défavorable, l’immunothérapie retrouve son efficacité.

La composition du microbiote serait donc un facteur prédictif de la réussite de l’immunothérapie pour un patient. Manipuler le microbiote en ajoutant la bactérie Akkermansia muciniphila pourrait ainsi permettre d’assurer une meilleure réponse du patient à ce traitement contre le cancer.

Ces travaux se poursuivent dans le cadre du projet Torino-Lumière (programme d’investissement d’Avenir de 9 M€). L’objectif du projet Torino-Lumière est de développer de nouveaux marqueurs prédictifs de la réponse thérapeutique aux immunothérapies des patients porteurs de cancers bronchiques, à partir de l’étude de leur microbiote. Une étude prospective multicentrique a démarré en 2016 avec pour objectif d’établir des signatures bactériennes favorables afin de développer des traitements basés sur une combinaison bactéries/immunothérapies.

En savoir plus : voir la publication originale dans Science ou l'article de Gears of Biz (en anglais).