Publié le 11 décembre 2018
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Le Conseil pour l’éthique de la recherche et l’intégrité de notre université (POLÉTHIS) se fixe l’objectif de contribuer avec l’ensemble de la communauté universitaire à penser, partager et faire vivre les valeurs qui inspirent une démarche scientifique responsable. L’enjeu est de créer un environnement favorable à l’examen intègre et conséquent de responsabilités qu’il convient d’exercer et d’assumer ici et maintenant, mais également avec pour souci les générations futures.

« Reconnaissant : (a) que les découvertes scientifiques et les innovations et applications technologiques qui y sont liées ouvrent d’immenses perspectives de progrès qui résultent en particulier de l’utilisation la plus efficace de la science et des méthodes scientifiques pour le bien de l’humanité et pour contribuer à la préservation de la paix et à la réduction des tensions internationales mais peuvent, en même temps, présenter certains dangers qui constituent une menace, surtout au cas où les résultats des recherches scientifiques sont utilisés contre les intérêts vitaux de l’humanité pour la préparation de guerres de destruction massive, pour l’exploitation d’une nation par une autre ou au détriment des droits humains, des libertés fondamentales ou de la dignité humaine, et, en tout état de cause, poser des problèmes éthiques et juridiques complexes[1]  (...)»

 

 

Une certaine liberté de pensée

 

Jamais il n’a autant été discuté d’éthique et d’intégrité scientifique. Comme si, avec clairvoyance, certains pressentaient la gravité d’une menace qui  pèse sur ce à quoi nous sommes attachés, sur notre démocratie, sur la signification des combats qui ont fait de nous des êtres humains « libres et égaux en dignité et en droits ». Il nous faut porter attention à cette mobilisation éthique : elle devrait nous permettre d’élaborer ensemble une pensée politique capable d’innovations en termes d’exercice de nos responsabilités de démocrates.

À l’Université Paris-Saclay s’est imposée la volonté de soutenir une exigence de connaissance, d’analyses contradictoires, de confrontations d’idées dans les domaines qui sollicitent l’esprit critique et donc une certaine liberté de penser. Les missions d’une université ouverte sur le monde, attentive à produire des connaissances et des technologies qui servent nos valeurs d’humanité, ne relèvent-elles pas d’un engagement à la fois éthique et politique ? Le Conseil pour l’éthique de la recherche et l’intégrité de notre université (POLÉTHIS) se fixe l’objectif de contribuer, avec l’ensemble de la communauté universitaire, à penser, partager et faire vivre les valeurs qui inspirent une démarche scientifique responsable.

Au regard de l’innovation technologique à laquelle chacun souhaite participer, l’attention et l’intention éthiques visent à en questionner les hypothèses, les méthodes, les moyens et les buts afin d’y apporter une intelligibilité indispensable aux arbitrages de choix assumés ensemble et soucieux du bien commun.

 

Maintenir une vigilance, une inquiétude et des convictions

 

Notre société voue à la science une confiance parfois irrationnelle car sans limites. En contrepartie, et c’est un paradoxe, la défiance et les suspicions à l’égard des pratiques scientifiques et de leurs impacts, notamment sociétaux, préoccupent, inquiètent. Une telle ambivalence justifie de notre part non seulement un effort de pédagogie, mais tout autant une exigence de loyauté, de rigueur, de transparence et de justice. Il s’agit de créer l’environnement favorable à l’examen honnête et conséquent de responsabilités qu’il convient d’exercer et d’assumer ici et maintenant, mais également avec pour souci les générations futures.

Nous devons maintenir une vigilance, une inquiétude et des convictions insoumises aux tentations du consentement tacite, du renoncement ou du désistement. Avec lucidité, rigueur, compétence et résolution, il nous faut accompagner les avancées scientifiques indispensables en gardant un attachement inconditionnel aux valeurs de notre démocratie. Qu’en est-il de nos libertés fondamentales lorsque l’espace public et notre sphère privée risquent d’être annexés par des technologies mutilant le sens de notre relation à l’autre, de notre rapport au monde et de nos représentations d’un avenir qu’il conviendrait, sans discernement, de concéder à l’ordre numérique ?

L’éthique de la recherche ne relève pas seulement d’un exercice intellectuel ou de savantes disputations entre experts consacrant de longues discussions ou d’imposants avis aux questions dites « sérieuses », aux urgences « d’en haut » qui élèveraient notre conscience. Elle se pense, se vit et s’incarne dans ces engagements du quotidien, dans cette « éthique d’en bas » qui nous inspire une idée de la dignité, du respect et de la justice, dont nous sommes personnellement garants. Il nous faut développer cette « éthique de terrain », cette éthique de la discussion dans les laboratoires et les départements de recherche, au sein des institutions et dans des « tiers-lieux » en interface avec la société, en amont et dans le suivi des protocoles expérimentaux. Nous avons pour devoir d’être  les inventeurs de cette éthique légitimée par l’expertise en situation, mais enrichie d’une pluralité de points de vue recueillis dans le cadre de concertations continues. Ce que permet une démarche partagée que chacun doit s’approprier et enrichir de sa propre intelligence du réel.

En 2019, il convient de penser l’éthique de la recherche avec pour défi la capacité d’exercer encore la liberté de décider quelle humanité nous voulons incarner, assumer et défendre. Le propos s’avère résolument politique, dès lors qu’il nous faut nous investir dans une démarche concrète, témoignant d’une volonté d’implication là où la société doit mobiliser ses compétences, ses talents et ses solidarités.

C’est ainsi que j’envisage le sens de l’engagement éthique à l’Université Paris-Saclay : celui d’une communauté scientifique prestigieuse, unie par une conception exigeante de connaissances vraies, de savoirs partagés, de responsabilités impliquées, comprises  comme l’affirmation de nos valeurs  d’humanité, de nos principes démocratiques.

 

[1] Recommandations concernant la science et les chercheurs scientifiques, préambule (a), UNESCO, 13 novembre 2017.

 

Emmanuel Hirsch
Président du Conseil pour l’éthique de la recherche et l’intégrité scientifique (POLÉTHIS), Université Paris-Saclay