Publié le 5 décembre 2018
Recherche
Julien Nicolas

Chercheur à l’Institut Galien Paris-Sud (CNRS/Université Paris-Sud), Julien Nicolas vient de recevoir le prix Novacap de l’Académie des Sciences, qui récompense une innovation dans le domaine de la chimie thérapeutique et/ou pharmacochimie et liée aux mécanismes de médicaments chimiques. A l’interface entre la chimie et la pharmacie, les recherches de Julien Nicolas visent la mise au point de nouveaux matériaux polymères capables de transporter plus efficacement des principes actifs - notamment anticancéreux - et améliorer le confort des patients.

Julien Nicolas a très tôt su qu’il voulait devenir chercheur. Après avoir hésité entre la chimie et la pharmacie, il sort diplômé de l’École supérieure de chimie organique et minérale (ESCOM) en 2001. Il effectue ensuite une thèse CIFRE (Conventions industrielles de formation par la recherche) à l’Université Pierre et Marie Curie - aujourd’hui Sorbonne Université - axée sur la synthèse de nanoparticules par polymérisation radicalaire contrôlée en émulsion. C’est lors de son post-doc à l’Université de Warwick, au Royaume-Uni, qu’il se rapproche pour la première fois de la pharmacologie. « Mes recherches consistaient à mettre au point des polymères synthétiques capables de se coupler à des protéines thérapeutiques pour faire des bio-conjugués et ainsi à améliorer leurs propriétés (solubilité, stabilité…). »

Le virus de la recherche

De retour en France, il intègre, début 2007, l’Institut Galien Paris-Sud (CNRS/Université Paris-Sud), une unité pluridisciplinaire spécialisée en nanomédecine. « J’avais compris que je voulais travailler sur les thématiques de Patrick Couvreur, professeur de pharmacotechnie et biopharmacie à l’Institut Galien, lors d’une conférence donnée à l’ESCOM par Catherine Dubernet, une de ses collaboratrices de l’époque. » Un « virus » qu’il tente aujourd’hui de transmettre à son tour aux jeunes chercheurs qui l’entourent. « Je me réjouis quand les étudiants viennent me dire en souriant, à propos de leurs expériences, "Ça marche !". Puis lorsqu’ils tracent leur chemin, trouvent un post doc, un poste universitaire ou industriel… »

A l’interface chimie-pharmacie-médecine

Au sein d’une équipe d’une vingtaine de personnes, Julien Nicolas exerce le métier qu’il a toujours souhaité faire : travailler à l’interface entre la chimie et la médecine. « Je développe de nouveaux matériaux polymères, mieux dégradés et moins toxiques, pour améliorer le transport des principes actifs dans l’organisme et leur acheminement jusqu’aux sites d’action. »

Mieux traiter Alzheimer et le cancer

Depuis 2012, Julien Nicolas met au point des nanoparticules biodégradables capables de reconnaître un marqueur de la maladie d’Alzheimer une fois injectés dans le sang. Il a également développé une méthode innovante de synthèse de nanoparticules de prodrogues polymères anticancéreuses. « Nous faisons croître le polymère directement à partir des principes actifs et leur couplage permet non seulement d’éviter au principe actif qu’il ne s’échappe de la nanoparticule, mais aussi d’en incorporer une plus grande quantité. »

Aujourd’hui, Julien Nicolas maitrise parfaitement cette nouvelle méthodologie de synthèse : « Il est possible de l’adapter à différents principes actifs, de changer à façon la liaison avec le polymère ou encore la nature même de celui-ci. »

Valoriser ses innovations

Si le Prix Novacap constitue « un très grand honneur et un coup de projecteur pour l’équipe », c’est la bourse de l’ERC (European Research Council) que Julien Nicolas vient d’obtenir qui l’aidera à mener plus loin ses recherches. Avec trois collègues, il crée une start-up pour valoriser ses brevets, notamment ceux sur le traitement du cancer. L’objectif est de repenser l’administration des médicaments anticancéreux par la création de nouvelles formulations, de faciliter leur administration sous-cutanée et, à terme, d’augmenter considérablement le confort des patients tout en proposant des traitements plus efficaces.