Publié le 25 mai 2018
Départements
Pierre Galtier

Avec incrédulité et douleur, nous avons appris le décès, vendredi 18 mai 2018, de Pierre Galtier, professeur à l’Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines. Pierre était coordinateur du pôle « Matériaux : élaboration et propriétés physiques » du Département Physique des Ondes et de la Matière de l’Université Paris Saclay. Sa carrière est marquée par sa très grande humanité, sa disponibilité, et son investissement inlassable pour la communauté et le développement de la science des matériaux.

Pierre Galtier démarre ses travaux scientifiques à Lyon, puis à Saint-Etienne, dans le domaine de la chimie, et, plus précisément dans l’étude de la réactivité de sels d’alkalins terreux lors de la réaction d’hydratation. Il se tourne vers la physique lors de ses travaux doctoraux au Laboratoire de Physique des Solides de l’Université Pierre et Marie Curie à Paris. Sa recherche doctorale, sous la direction de Gérard Martinez du Laboratoire des Champs Magnétiques Intenses à Grenoble, portera sur l’effet d’anharmonicités phononiques dans les sémiconducteurs, et le couplage de phonons à des complexes d’impuretés aux niveaux d’énergie profonds dans le gap. Pierre soutiendra sa thèse d’état en 1987.

Pierre Galtier rejoint les laboratoires de Thomson CSF (Domaine de Corbeville) en 1987, ou il travaille sur le puits quantique induit à l’interface GaAs / GaAlAs, et, notamment sur les effets de dopage à l’Er. C’est à l’avènement, au début des années 1990, de la magnéto-résistance géante et la prospective d’une électronique de spin (spintronique) que Pierre Galtier se tourne vers l’étude d’hétérostructures de différents types, et leur caractérisation par microscopie électronique à transmission. Il travaille avec de nombreux membres du laboratoire, et, notamment  Alain Schuhl, Jean-Marie Georges, Agnès Barthélemy, Jeff Childress, et Frédéric Van Dau sur des matériaux épitaxiés sous forme de couches minces et de super-réseaux métalliques / non-métalliques, métalliques (magnétiques) / sémiconducteurs, et sémiconducteur / sémiconducteur. Des études à répercussion importante seront la démonstration d’une nouvelle phase à l’interface Fe / GaAs, et l’évolution du magnétisme dans la couche de fer en fonction de l’épaisseur et de la température [1], la caractérisation de multicouches magnétiques façonnés dans des nanopores [2], et l’élucidation de la structure en domaines dans des super-réseaux Fe/Pd [3].

A la fin des années 1990 et au début des années 2000, Pierre s’intéresse davantage aux mécanismes de croissance des matériaux, et, en particulier, la microstructure des couches minces pour les applications dans des dispositifs, et les contraintes résiduelles dans ces couches. En 2002, il devient professeur à l’Université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines et directeur du Laboratoire de Physique Solides et de Cristallogénèse (LPSC-CNRS) à Meudon. Pierre apporte ses très larges connaissances sur les modes de croissance, l’influence de défauts, et la caractérisation des matériaux à une collaboration sur le ZnO, menée avec Ekaterina Chikoidze, Yves Dumont, Alain Lusson et Vincent Sallet, qui deviendront ses collègues proches et de longue date. La collaboration, qui, étendue aux dichalcogénures, durera jusqu’à maintenant, portera notamment sur la croissance de nano-bâtonnets pour l’opto-électronique, le photovoltaïque, et les capteurs divers. Pierre dirigera dans ce cadre 9 thèses de doctorat.

En 2006, le LPSC fusionne avec le Laboratoire de Magnétisme et d’Optique pour devenir le Groupe d’Etudes de la Matière Condensée ou GEMaC, dont Pierre Galtier sera le directeur à deux reprises, de 2006  à 2010 et, par intérim, en 2015/2016.  Il sera également, de 2010 à 2014, le directeur de la Fédération de Recherche Lavoisier Franklin, regroupant l’Institut Lavoisier et le GEMaC.

Les multiples responsabilités et la riche activité de recherche de Pierre Galtier ne l’ont jamais empêché de travailler sans relâche pour la promotion de la science des matériaux, et pour la structuration de la communauté locale autour de la recherche sur les matériaux.  Il fera partie du comité de pilotage du Labex CHARMMMAT, et, à partir de 2014, siègera au Conseil du Département « Physique des Ondes et de la Matière » de l’Université Paris-Saclay, ou il animera le pôle « Matériaux : élaboration et propriétés physiques ». Il participera très activement à l’élaboration d’un projet interdisciplinaire sur les Matériaux pour l’Université Paris-Saclay, et pilotera, à partir de janvier 2016, l’action interdépartementale sur les matériaux. Grand défenseur de la communauté et de l’interdisciplinarité, il reste un exemple de l’implication altruiste au nom de la science et de la collectivité.

Pierre était tombé malade il y a un an et demi, en début 2017. Il a combattu la maladie de manière suprêmement courageuse, et gardait, tout au long, le contact avec ses collègues, son laboratoire, et la science. Nous étions tous en attente de son retour lorsque nous fûmes frappés par la cruelle nouvelle de sa disparition. Par cet hommage, nous souhaitons te remercier Pierre, de ta présence, ton action,  ton aide, ton optimisme, ton courage. Merci.

Les obsèques ont eu lieu le 24 mai 2018.

 

[1] A. Filipe, A. Schuhl, et P. Galtier, Applied Physics Letters 70, 129 (1997).

[2] J.-L. Maurice, D. Imhoff, P. Etienne, O. Durand, S. Dubois, L. Piraux, J.M. George, P. Galtier, et A. Fert, J. Magnetism Magn. Mat. 184, 1 (1998).

[3] J.R. Childress, R. Kergoat, O. Durand, J.-M. George, P. Galtier, J. Miltat, A. Schuhl, J. Magnetism Magn. Mat. 113, 13 (1994).