Publié le 19 décembre 2018
Recherche
François Michel

Directeur de recherche émérite au CNRS, François Michel est lauréat du prix fondé par l’État de l’Académie des sciences pour l’ensemble de sa longue carrière de chercheur effectuée à l’Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC-CEA/CNRS/Université Paris-Sud). Chercheur peu conformiste, entomologiste à ses heures, François Michel s’est, dès les années 70, spécialisé dans la génétique moléculaire.

Lorsque François Michel arrive en 1969 au Centre de génétique moléculaire (devenu en 2015 l’I2BC), Piotr Slonimski, un des fondateurs, lui donne carte blanche. Dès lors, cette liberté d’entreprendre ne le quittera plus. Fin 1981, il rejoint l’équipe de Bernard Dujon (aujourd’hui membre de l’Académie des sciences dans la section de Biologie moléculaire et cellulaire, génomique). François Michel oriente alors ses recherches vers les ribozymes, qui viennent d’être découverts fortuitement par Tom Cech aux États-Unis. « Il s’agissait d’une nouvelle classe de molécules catalytiques. Nous connaissions déjà les enzymes, le dogme établi étant qu’une enzyme était une protéine. Or on découvrait que l’ARN naturel, l’acide ribonucléique, pouvait également être doté d’activité catalytique, ce qui débouchait sur une nouvelle conception des origines de la vie », explique-t-il. 

Une nouvelle classe de molécules

Le chercheur, qui étudiait la même classe de molécules que Tom Cech – des introns d’un type particulier, c’est-à-dire des régions non-codantes d’un gène transcrites en ARN puis éliminées – publie un article avec ses deux confrères Bernard Dujon et Alain Jacquier prédisant leur structure secondaire sur des bases théoriques. « J’étais alors plutôt théoricien et non expérimentateur, explique François Michel. Grâce à la programmation, je fus l’un des premiers à analyser des séquences d’introns dans lesquels je constatais une structure conservée, mais sans savoir qu’ils étaient catalytiques. » Il publie un second article dans la foulée, « pour souligner que la molécule de Cech avait la structure que nous venions de prédire ». Puis quelques années plus tard, en collaboration avec Eric Westhof (aujourd’hui membre de l’Académie des sciences), François Michel en prédit la structure tridimensionnelle, vérifiée plus tard par cristallographie. Enfin, en 2016, il co-publie dans la revue Science la structure cristallographique complète d’une deuxième classe d’introns catalytiques, avec Maria Costa, son épouse, et leurs collaborateurs.

Prévisibles papillons

Le chercheur a une méthode bien à lui : « toute ma carrière, je me suis appliqué à essayer de deviner la solution correcte du problème, puis d’apporter la preuve expérimentale de mon intuition ». François Michel réalise plusieurs séjours dans de prestigieux laboratoires américains, à l’occasion desquels il publie des articles remarqués, tirés de ses « excellentes expériences » et de sa motivation d’être le premier à comprendre. Au total, il comptabilise quelque 80 articles publiés, dont certains cités plus de 500 fois.

Mais pour ce perfectionniste contraint, comme il le dit lui-même, à la modestie car issu d’une famille de scientifiques de très haut niveau, « écrire est finalement un peu une perte de temps ». Ce qui motive son retour à ce qui a fait de lui un chercheur, son déclic initial : entomologiste passionné collectionnant amoureusement les papillons depuis l’enfance, François Michel est aujourd’hui à sa « paillasse » au Muséum d’histoire naturelle. Là, ce chercheur émérite est heureux d’étudier la formation des espèces, dont il tente de prouver la régularité et la prévisibilité.

 

Par Sophie Dotaro.