Publié le 1 décembre 2017
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Les personnes victimes de handicaps psychiques, cognitifs ou moteurs peuvent mieux s’intégrer dans la société, à condition de développer des thérapies adaptées, et d’améliorer l’organisation des soins. À l’occasion de la journée internationale des personnes handicapées le 3 décembre, nous faisons le point sur les recherches menées à l’Université Paris-Saclay.

Pour améliorer la vie des handicapés, il est important de s’attacher à la manière dont le handicap interagit avec la vie sociale des personnes concernées. « Les personnes vivant avec des troubles psychiatriques sévères, ou ayant subi un traumatisme crânien ou un accident vasculaire cérébral rencontrent de grandes difficultés à décrocher un travail, fonder une famille, avoir une vie sociale ou disposer d’un logement adapté, observe Christine Passerieux, directrice adjointe du laboratoire de recherches cliniques et en santé publique sur les handicaps psychiques, cognitifs et moteurs (HANDIReSP), qui rassemble des chercheurs en psychiatrie, en médecine physique et de réadaptation et en santé publique. Pourtant, ces difficultés ne sont pas dues qu’au handicap, mais également à la manière dont notre société interagit avec les handicapés. » C’est pourquoi il est nécessaire de développer les programmes pour les aides à s’intégrer dans la société malgré leur handicap.

Ainsi, les chercheurs de HANDIReSP développent et valident des techniques de rééducation des difficultés cognitives que présentent ces personnes. Ils en mesurent les bénéfices cliniques et les effets sur la plasticité cérébrale. Par exemple, ils ont développé avec le laboratoire de d'informatique pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur (Limsi) de l’université Paris-Sud un programme de soins pour des patients schizophrènes. Ce programme, basé sur l’intelligence artificielle, vise à améliorer la manière dont ces personnes interagissent avec les autres. Au cours d’un jeu en groupe, chaque patient interagit avec un personnage virtuel, qui le pousse à mieux comprendre les interactions sociales. « Ce programme est en cours de test, précise la chercheuse. Les patients apprécient, mais nous devons vérifier que cela améliore leur cognition sociale ».

Toujours dans le domaine du handicap psychique, les chercheurs de HANDIReSP travaillent avec un centre de soin pour les tout jeunes autistes, entre 18 mois et 4 ans. Là, ils tentent d’optimiser la méthode Denver de soins intensifs pour ces enfants. Son principe : réactiver les compétences relationnelles de l’enfant, pour qu’il retrouve plaisir aux interactions sociales et ainsi la motivation à apprendre. Elle est basée sur des petits jeux visant à capter l’attention de l’enfant vers des interactions. Mais cette méthode est lourde : elle sollicite l’enfant 20 heures par semaine, dont 16 heures avec un professionnel. « Nous tentons de voir si cette méthode fonctionne quand même avec un niveau de soin moins élevé, explique Christine Passerieux. Peut-on également former les parents pour qu’ils utilisent des stratégies pour mieux interagir ? »

Autre point crucial : l’organisation des soins. « Dans le cas d’une dépression, par exemple, il existe des traitements très performants, mais 80 % des dépressifs n’y ont pas accès, regrette la chercheuse. Ils ne vont pas consulter de médecin, ou ce dernier a du mal à identifier la dépression, ou n’a pas connaissance des bonnes pratiques, ou n’a pas accès au spécialiste. » Ces questions d’organisation des soins sont particulièrement importantes pour les troubles mentaux, et l’équipe de Christine Passerieux donne aux décideurs des conseils basés sur des études scientifiques, afin de mieux diffuser les bonnes pratiques et d’améliorer les organisations qui les proposent.

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