Publié le 22 mars 2017
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Boire de l'eau à la source

Les aquifères, réservoirs d’eau souterrains naturels, parfois de taille considérable, sont une ressource en eau cruciale pour de nombreux pays. Mieux les étudier permet de les gérer de façon optimale.

Les journées mondiales de l’eau sont, chaque 22 mars, l’occasion de rappeler l’importance de l’eau dans la lutte contre la pauvreté et pour la sauvegarde de l’environnement. Accès à l’eau potable, assainissement, lutte contre le gaspillage sont autant de sujets clé sur lesquels les gouvernements doivent agir. Mais avant d’agir, il faut comprendre : c’est le rôle des chercheurs, comme Jean-Luc Michelot, directeur de recherche au laboratoire GEOPS de l’Université Paris-Sud (membre fondateur de l'Université Paris-Saclay), qui s’intéresse aux aquifères, ces nappes d’eau souterraines dans lesquelles nous puisons une partie de l’eau que nous consommons.

« Nous évaluons ces ressources en eau et tentons de comprendre comment elles se renouvellent, explique le chercheur. Quand l'eau des aquifères se renouvelle rapidement, on peut plus facilement la prélever que lorsqu’il s’agit d’aquifères « fossiles », qui se sont formés il y a des dizaines ou centaines de milliers d’années et ne sont que très peu, ou pas, alimentés actuellement. »

Pour étudier ces aquifères, les chercheurs effectuent des prélèvements d'eau et mesurent la composition chimique et les différents isotopes (des formes différentes d’un même atome, le plus connu étant le fameux carbone-14 utilisé pour les datations). Les isotopes de l'oxygène et de l'hydrogène permettent de savoir de quelles zones vient l’eau, ceux du soufre et de l'azote donne des informations sur l'origine des composés dissous, tandis que ceux du carbone permettent d’évaluer le temps de résidence de l’eau dans l’aquifère, jusqu'à environ 50 000 ans. D’autres chercheurs, géophysiciens, étudient la géométrie de ces réservoirs, notamment la présence de fractures ou de zones favorables aux écoulements.

Si les aquifères français sont souvent assez bien connus, c’est moins le cas dans les pays en développement. C’est pourquoi GEOPS collabore avec  plusieurs pays d’Afrique comme le Niger. « Nous avons  lancé une thèse, en co-tutelle avec l'Université de Niamey, sur un aquifère nigérien dont les eaux sont probablement anciennes, indique Jean-Luc Michelot. Nous cherchons à évaluer leur temps de renouvellement, un paramètre crucial pour savoir combien d’eau pourra être prélevée dans le cadre d'une gestion durable de cette ressource. »

GEOPS étudie également les sols, les eaux de surface et leurs relations  avec les eaux souterraines. « Nous tentons aussi de comprendre comment les variations passées, en particulier climatiques, se traduisent aujourd’hui. Par exemple, certains aquifères africains seraient hérités de climats plus humides il y a 6 000 à 9 000 ans. D'autres contiennent des eaux encore plus anciennes  : on frôle probablement le million d'années pour le gigantesque aquifère profond « fossile » situé sous le Sahara »