Publié le 13 juillet 2017
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La préparation mentale des sportifs est un élément clé de leur performance. Les méthodes d’auto-suggestion, d’imagerie et de méditation ont fait leur preuve pour lutter contre les défaillances et gérer les risques.

Pour participer au Tour de France cycliste, il faut être particulièrement bien entraîné. Physiquement, bien-sûr, mais aussi mentalement, car chaque cycliste connaîtra forcément des moments difficiles à surmonter.

Christine Le Scanff, professeur en sciences du sport à l’université Paris-Sud, membre de l’université Paris-Saclay, mène justement des recherches sur la préparation mentale et la gestion du stress chez les sportifs.

"Trouver des stratégies efficaces pour lutter contre les pensées négatives"

« Le vélo est extrêmement difficile mentalement, souligne-t-elle. Il s’agit de trouver des stratégies efficaces pour lutter contre les pensées négatives, afin de préserver la confiance en soi et la motivation, et surmonter les doutes. C’est également très utile pour lutter contre le dopage. » Il s’agit de techniques comportementales et cognitives liées notamment au conditionnement : s’encourager soi-même, accepter le fait qu’on n’est pas dans un état idéal mais continuer quand même. Ces techniques reprennent et amplifient la méthode Coué, qui a depuis longtemps prouvé son efficacité : les techniques d’imagerie cérébrale montrent qu’un dialogue interne positif modifie l’organisation de notre cerveau. De même, la mesure du stress (via notamment les hormones du stress comme le cortisol) démontrent les bienfaits de ces méthodes développées davantage en Orient qu’en Occident.

"Formuler un scénario positif et réaliste change notre comportement"

Pour une efficacité optimale, ces dialogues internes doivent être associés à des images mentales. Par exemple, un grimpeur qui peine dans une côte peut s’imaginer déjà au col, calme et confiant. Ou bien concentrer son attention sur un point particulier comme la technique plutôt que sur sa douleur. » Ces techniques combinées à un travail sur la respiration sont très efficaces. « Nous avons tous ces capacités, mais nous ne nous en servons pas, indique la chercheuse. Notre cerveau se raconte tout le temps des histoires, mais elles sont souvent négatives. Formuler un scénario positif et réaliste change notre comportement. » Bien-sûr, ce n’est pas au moment de la compétition qu’il faut songer à mettre en place ces techniques, mais en amont comme l’entraînement physique pour préparer un marathon : là aussi, il faut de l’entraînement pour réussir.

"Le plus important est l’expertise technique : connaître ses capacités et ses limites"

Le vélo est non seulement difficile physiquement, mais aussi dangereux : chaque année, les chutes, notamment dans les descentes, entraînent des blessures parfois graves. Là encore, la psychologie vient au secours du sportif. Le plus important est l’expertise technique : connaître ses capacités et ses limites. Mais il faut également une bonne gestion émotionnelle. « Dans beaucoup de milieux sportifs, parler de ses peurs est vu comme une faiblesse, un manque de virilité, observe Christine Le Scanff. Or, reconnaître que l’on a peur est la base pour trouver les moyens de lutter contre elle. » Les coureurs peuvent faire appel à différentes techniques complémentaires : relaxation, respiration, méditation, yoga… Là encore, les mesures d’hormones du stress montrent une efficacité de ces techniques, parfois en moins de 5 secondes quand on est entraîné.

La chercheuse rappelle qu’il est important de se fixer un objectif, notamment pour une épreuve aussi longue que le Tour de France. Ce peut être gagner le maillot à pois, une étape, ou même… finir le tour. « Cela fait partie de la préparation mentale, qui se fait sur la saison entière, précise-t-elle. Enfin, le rôle du collectif est primordial, même pour les sports dits individuels. »