Publié le 10 octobre 2017
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L'Oreal-UNESCO

Sept jeunes chercheuses, issues de membres de l'Université Paris-Saclay, ont reçu cette année une bourse L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science.

"De jeunes chercheuses aux parcours émérites et aux travaux brillants et prometteurs." C'est ainsi que la Fondation L'Oréal décrit les 30 doctorantes et post-doctorantes à qui elle vient de remettre une bourse L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO. Parmi ses chercheuses "qui chaque jour apportent leur pierre à l’édifice de la science de demain", sept effectuent leurs recherches au sein de membres de l'Université Paris-Saclay.

Le jury, présidé par le professeur Sébastien Candel, Président de l’Académie des sciences, a sélectionné ces 20 doctorantes et 10 post-doctorantes parmi plus de 1000 candidates, dans divers domaines scientifiques rassemblés autour de 4 thématiques :

  • Les mystères de nos origines
  • La science au service de l’humanité
  • Une science connectée
  • A la recherche de nouveaux traitements

Ces jeunes chercheuses vont présenter leurs travaux devant une salle comble ce 11 octobre 2017 lors de la remise des bourses. Un exercice facilité par les formations à la prise de parole en public et à la vulgarisation scientifique dont profitent les lauréates, en plus de leur bourse qui récompense "l'excellence de leur projet". Et un seul but, double, pour tous les présents : "tordre le cou aux préjugés et inspirer des vocations chez les jeunes filles". Pour changer le monde.

 

Émilie Maurice ©Fondation L’Oréal | Carl Diner

Émilie Maurice

Laboratoire Leprince Ringuet (CNRS, École polytechnique), P2IO

Retour vers le Big Bang. Quelques micro-secondes après le Big Bang, l’Univers était composé d’un plasma de quarks, éléments de la matière observable, évoluant librement dans un milieu d’une température extrême, d’environ mille milliards de degrés. Avec l’expansion de l’Univers, la température diminuant, ces quarks se sont regroupés au sein de nucléons (protons ou neutrons) qui, ensemble, forment le noyau des atomes. Emilie Maurice, post-doctorante au laboratoire Leprince Ringuet de l’École polytechnique, étudie les quarks dans un état où ils évoluent librement, comme c’était le cas au moment du Big Bang. Pour ce faire, la jeune chercheuse utilise les collisions de noyaux lourds de haute énergie opérées notamment au grand collisionneur de hadrons (LHC), le plus grand et le plus puissant accélérateur de particules au monde. « Cela nous permet de recréer des gouttes de cet état de la matière et ainsi d’explorer les premiers instants de l’Univers. » La jeune chercheuse, qui aime toujours repousser les limites, a pour objectif d’améliorer la connaissance du plasma de quarks pour mieux comprendre les origines de l’Univers, tout en se préparant également pour son premier trail.

Laure Cielsa ©Fondation L’Oréal | Carl Diner

Laure Ciesla

CNRS, CEA Paris-Saclay

La "décadence" des galaxies. Qu’est-ce qui allume les étoiles ? Pourquoi sont-elles de couleurs différentes ? Telles sont les premières questions qui ont fait naître la passion de l’astrophysique chez Laure Ciesla, dès la petite enfance. Depuis, elle n’a de cesse d’orienter ses études et ses recherches pour comprendre. Comprendre, notamment, l’évolution des galaxies depuis leur naissance jusqu’à leur mort, moment précis où elles cessent de produire des étoiles. « J’ai eu l’énorme chance de commencer ma thèse à un moment clé de l’astrophysique extragalactique : le lancement du télescope spatial infrarouge Herschel. » Ce fut un véritable tremplin pour la postdoctorante qui effectuait alors sa thèse. Laure Ciesla a ainsi pu collecter une multitude de données qu’elle utilise aujourd’hui pendant son deuxième postdoctorat au Département d’Astrophysique du CEA Paris-Saclay. L’objectif de la jeune scientifique, mère d’une petite fille, est de développer une méthode permettant d’identifier les galaxies au moment où les processus empêchant la formation d’étoiles nouvelles sont en action. Pour cela, Laure Ciesla étudie l’indicateur d’une activité stellaire récente : la lumière émise par la galaxie, dans tout son spectre. « Ainsi je pourrai proposer un schéma clair sur les mécanismes entraînant la mort des galaxies. » Une pierre de plus à l’édifice que représente l’histoire de la création de l’Univers, de la Terre et de l’Homme.

Lucie Jarrige ©Fondation L’Oréal | Carl Diner

Lucie Jarrige

ICSN (CNRS)

De la chimie "verte" pour les médicaments de demain. La chimie, pilier du progrès industriel, joue un rôle crucial dans la conception des médicaments et notamment lors de la préparation du principe actif, étape appelée synthèse. 80% des médicaments comportent dans leur formule au moins un hétérocycle. Lucie Jarrige, doctorante de l’Université Paris-Saclay à l’Institut de Chimie des Substances Naturelles, concentre ses travaux de thèse sur le développement de nouvelles stratégies de synthèse de ces hétérocycles. Pour cela, la jeune chercheuse a mis au point une réaction chimique faisant intervenir plusieurs composants, de manière à obtenir en une seule étape des molécules complexes à partir de composés très simples. Cette réaction présente également un intérêt : elle est catalysée, c’est-à-dire accélérée, par l’énergie de la lumière, peu coûteuse. Une autre réaction développée par Lucie Jarrige a l’avantage de ne générer aucun déchet car tous les réactifs de départ sont intégrés dans le produit final, en une seule étape. La grande facilité de mise en place de cette deuxième réaction laisse envisager une possible industrialisation de ce procédé. « Ces nouvelles voies de préparation sont innovantes et originales, grâce à des chemins de synthèse très courts, sans déchets et impliquant des réactifs chimiques non toxiques. » L’objectif est de pouvoir à terme développer de nouvelles méthodes de préparation plus propres et respectueuses de la planète pour les médicaments de demain. C’est après un cancer des os au niveau du genou à 15 ans que Lucie Jarrige, championne du Monde handisport 2016 d’escalade, a décidé de poursuivre une carrière scientifique dans l’espoir de participer aux grandes avancées médicales de demain.

Aude Nyadanu ©Fondation L’Oréal | Carl Diner

Aude Nyadanu

Laboratoire de synthèse organique (ENSTA ParisTech, CNRS, École polytechnique)

Produire des médicaments de manière plus économique et plus écologique. Un des grands enjeux de la société est le coût des médicaments, qu’il soit économique ou écologique. La préparation d’un principe actif de médicament demande généralement de nombreuses étapes de synthèse. À chaque étape correspond une consommation de réactifs, une dépense énergétique et une production de déchets. Le processus peut ainsi être très long, coûteux et polluant. Aude Nyadanu, doctorante au sein du laboratoire de Synthèse Organique de l’École polytechnique et du laboratoire PASTEUR de l’ENS Paris, s’intéresse à diminuer le nombre d’étapes de production de ces molécules. « Je travaille sur le développement de réactions multicomposants. » Ces réactions permettent d’assembler en une seule étape plusieurs fragments de molécule (ou composants), sans recours à des métaux toxiques. L’intérêt : accéder facilement à une grande diversité de molécules complexes. En faisant varier un à un les composants, on peut constituer une large bibliothèque de molécules puis tester leur effet sur des cellules infectées par des maladies, et identifier celles qui pourraient devenir un traitement. Ainsi les recherches de la jeune scientifique permettent d’élaborer des technologies innovantes pour accélérer la découverte de nouvelles molécules thérapeutiques, et produire celles-ci à bas coût dans le respect de l’environnement. Un défi qu’aimerait voir réaliser la jeune chercheuse qui, enfant déjà, rêvait de soigner comme sa mère, infirmière engagée dans des causes humanitaires avec Médecins sans Frontières.

Muriel Tyrman ©Fondation L’Oréal | Carl Diner

Muriel Tyrman

SATIE (CNRS, ENS Paris-Saclay)

De nouveaux aimants pour des voitures écologiques sur toute la ligne. Les véhicules électriques ont été conçus pour répondre à une partie de nos problématiques environnementales. Paradoxalement, ces voitures nécessitent l’utilisation d’aimants composés de terres rares, matières minérales aux propriétés exceptionnelles utilisées notamment dans la fabrication des moteurs électriques, dont l’extraction et le raffinage sont hautement polluants. L’un des objectifs de Muriel Tyrman, post-doctorante au Laboratoire SATIE de l’ENS Paris-Saclay et passionnée d’automobile, est de permettre aux constructeurs de véhicules électriques de se passer des aimants à terres rares en développant un nouveau type d’aimant composé de métaux facilement accessibles et plus respectueux de l’environnement : le manganèse et l’aluminium. Pour cela, les travaux de la jeune chercheuse sont axés sur l’augmentation du comportement magnétique de ces matériaux : « J’ai augmenté de 40% la résistance à la désaimantation par un champ magnétique des alliages manganèse-aluminium. » Ces résultats prometteurs, issus de travaux originaux et pionniers, permettront d’utiliser ces nouveaux aimants dans la fabrication des moteurs de voitures électriques, permettant ainsi à la France de conserver son avantage technologique dans le véhicule décarboné.

Marijana Milicevic ©Fondation L’Oréal | Carl Diner

Marijana Milicevic

C2N (Université Paris-Sud, CNRS)

Lumière sur le graphène. Le graphène (découverte de 2004 récompensée par le prix Nobel de Physique en 2009) est le meilleur conducteur d’électricité connu à ce jour. Cette nouvelle classe de matériaux extrêmement fins constitués d’une couche unique d’atomes de carbones, possède des propriétés électroniques, optiques et mécaniques hors du commun qui vont potentiellement révolutionner le monde de la
microélectronique. Pourtant, ces matériaux innovants qui captivent les physiciens restent difficiles à manipuler en laboratoire car leur étude nécessite une résolution expérimentale à l’échelle de l’infiniment petit, l’atome. Originaire de Belgrade en Serbie et actuellement doctorante au Centre des Nanosciences et de Nanostructures à Marcoussis, Marijana Milicevic a choisi de recréer ce matériau d’une nouvelle façon, en utilisant la lumière, dans un simulateur photonique. L’objectif de cet outil : utiliser les photons, particules constitutives de la lumière, pour recréer, en laboratoire, du graphène afin de l’étudier avec un meilleur contrôle. « Les photons du simulateur y sont confinés dans des structures de taille micrométrique, afin d’égaler ou de surpasser les propriétés électroniques particulières du matériau. » De façon remarquable, Marijana étudie des structures particulières du graphène, appelées « états de bord », intrinsèquement très stables, permettant d’assurer le transport sans dissipation d’énergie. Cette découverte pourrait aboutir à des systèmes informatiques hyperperformants (serveurs ou ordinateurs), plus robustes, stables et rapides.

Émilie Tisserond ©Fondation L’Oréal | Carl Diner

Émilie Tisserond

Laboratoire de physique des solides (CNRS, Université Paris-Sud)

Vers l'électronique de demain. Dans notre société hyper-connectée et guidée par la rapidité des échanges à l’échelle mondiale, l’amélioration et l’optimisation des outils électroniques n’ont pas de limites et représentent l’un des enjeux d’aujourd’hui. L’étude de nouveaux matériaux aux propriétés exotiques et originales, qui permettent d’envisager cette électronique plus performante, stimule actuellement de nombreux travaux de recherche. C’est notamment le cas de celui d’Émilie Tisserond, doctorante au Laboratoire de Physique des Solides de l’Université Paris-Sud. Elle s’intéresse à un matériau organique aux propriétés
surprenantes : l’a-(BEDT-TTF)2I3. En effet, sous de très fortes pressions, la structure de ce matériau se modifie et « il se comporte comme une superposition de couches de graphène dénué d’impuretés », nous explique la jeune chercheuse. « Les électrons se meuvent alors dans ces plans parallèles, tous à une même vitesse, très rapidement et sans dispersion, semblables à des particules de lumière », poursuit-elle. Comprendre aujourd’hui d’un point de vue fondamental, à la fois par l’expérience et par l’analyse théorique, les propriétés et les processus en jeu dans cette physique nouvelle, c’est en rendre possible la maîtrise et conduire demain à des applications novatrices dans le domaine de l’électronique ultra-rapide. Émilie Tisserond, passionnée par la transmission du savoir scientifique, enseigne en parallèle de ses recherches aux étudiants de médecine, et physique fondamentale.

En savoir plus : voir le site de la bourse L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science