L’IDHE est une Unité Mixte de Recherche créée en 1997 entre le CNRS et des partenaires universitaires. En 2014, elle devient l'IDHES : Institutions et Dynamiques Historiques de l'Economie et de la Société.

En 2014, l'IDHE est devenue l'IDHES : le S de « Société » a certes pour nous toujours été présent de façon implicite : Les « dynamiques historiques de l’économie » qui nous occupent ne renvoient pas à une vision étroitement économiciste, bien au contraire. Toute notre démarche tient précisément au fait qu’on ne saurait restreindre l’économique au seul monde marchand : en lecteurs attentifs de Polanyi (sans pour autant en faire l’alpha et l’omega), nous envisageons toutes les formes d’enchâssement qui font que le fait économique est en réalité un fait social.

Il s’agit donc d’accorder, pour l’œil extérieur, notre intitulé avec la réalité de ce que sont nos approches.

Les 4 nouveaux axes du projet quinquennal

Prenant bien sûr appui sur un certain nombre d’acquis, nous entendons reconfigurer certaines approches et ouvrir de nouveaux fronts.

Le premier axe "Produits, entreprises, travail et relations professionnelles" représente d’une certaine manière une fusion des deux premiers axes de l’ancien quadriennal.

Notre intention est de remettre au centre les entreprises et les « mondes de production » (Robert Salais) dans lesquels elles s’inscrivent. L’entreprise se trouve ainsi interrogée sous trois angles.

  • Comme espace productif tout d’abord, étant entendu que nous parlons ici aussi bien de produits que de services. L’enquête se décline selon différentes échelles, considérant d’abord le produit dans l’espace organisationnel de l’atelier, de la manufacture ou de l’usine ; puis l’usine ou l’entreprise dans l’espace du territoire ; et enfin le territoire dans l’espace global mondialisé (avec les délocalisations, les migrations de main-d’œuvre notamment). À chacune de ces échelles doit également être posée concomitamment la question de la valeur et de sa mesure.

  • L’entreprise nous intéresse ensuite comme espace de relations professionnelles : des travaux sont déjà lancés, qui touchent aux procédures de la négociation collective, mais aussi d’information et de consultation des salariés, en tenant compte de la diversité des entreprises et de leurs statuts.

  • Enfin, dernier volet, mais non des moindres, la question des conditions de travail, des risques psycho-sociaux et de la « souffrance au travail », qui nous ramène au droit social et aux modalités de la protection des travailleurs.

Le deuxième axe "Savoirs, capacités, innovation" nous situe délibérément à rebours de certaines spéculations hasardeuses sur l’émergence brutale d’une « société de la connaissance » qui aurait définitivement signé « la fin du travail ». Sortis de leur sens précis originel, ces expressions donnent trop souvent lieu à des généralisations abusives, inscrites dans une lecture du passé unilatéralement évolutionniste.

Nous voulons donc interroger la place des savoirs et de la mobilisation des capacités dans le développement des sociétés depuis l’époque pré-industrielle, en évitant l’anachronisme. Cet axe correspond à l’ouverture d’un front scientifique nouveau dans le laboratoire, en replaçant la dimension de la connaissance dans les activités économiques et en jouant sur le recul historique permis par la coopération entre historiens, sociologues et économistes. Nous entendons faire toute leur place aux dynamiques d’innovation liées à la production d’une connaissance sociale par les acteurs de terrain eux-mêmes. Nous voulons en quelque sorte analyser ensemble connaissance par action et connaissance de l’action, en soulignant les capacités de réflexivité des acteurs. Nous voulons enfin faire place à tous les types d’acteurs.

D’où des chantiers délibérément divers et multiples, sur le rôle des salariés dans l’activité de R & D (ANR « Portrait du chercheur en travailleur salarié ») ; l’impact du numérique dans la territorialisation d’un secteur comme l’industrie du cinéma ; la place des étudiants dans les mutations de l’enseignement supérieur ; la formation et la mobilisation des savoirs médicaux en situation coloniale. Enfin, dans cette analyse qui vise à saisir la dynamique de la connaissance dans les sociétés marquées par l’expansion industrielle, nous faisons également une place à la construction de nos propres disciplines, en interrogeant l’histoire des sciences sociales, et notamment les usages des méthodes quantitatives et leur évolution.

L’axe 3, "Capitaux, Finances, dette et crédit entre public et privé" repart d’une interrogation contemporaine sur la dérégulation des marchés et ses effets de déterritorialisation des flux, accompagnant la virtualisation croissante de la finance. Au cœur de cette interrogation, se trouve la notion de liquidité, qui recouvre l’idée d’une mise en mouvement généralisée de tous les actifs possibles, et d’une efficience financière accrue. Or, à l’encontre de tout présentisme, on voudrait montrer que les problèmes liés à l’accès à la liquidité ne sont pas nouveaux en soi, même si, dans d’autres contextes, ils se posaient dans des termes évidemment différents. Mais il s’agit en fait, on l’aura compris, de reposer autrement la question de la mobilisation des capitaux et du financement des entreprises. L’injonction contemporaine d’efficience et de liquidité conduit à relire les réponses anciennes des entreprises et des institutions. L’approche choisie pour analyser et comprendre ces phénomènes consistera à tirer parti des jeux d’échelles, tant spatiales que temporelles, afin de montrer le caractère évolutif de la notion de liquidité et du partage entre monnaie et finance, d’une part, et le caractère relatif de ce partage selon les secteurs et les lieux, d’autre part.

L’axe 4, "Action publique et biens communs" fait travailler en tension la notion de « public ».

D’un côté, nous intensifions nos recherches sur les politiques publiques, envisagées dans la longue durée, avec une attention particulière donnée aux moments de crises comme les guerres, ou de mise en cause idéologique au XXe siècle, à la fois en France et au niveau de l’Union Européenne. Ainsi devient flagrante dans les entreprises de service public la tension entre la logique juridico-politique des activités jugées d’intérêt général, qui relèvent des principes du service public (égalité, continuité, mutabilité), et les logiques économiques et financières des marchés, notamment en matière de rentabilité et de coûts de fonctionnement et d’équipement, qui tendent à l’inverse, à segmenter les espaces et les usages.

Ainsi, s’agissant des employés des services publics, les réformes récentes inspirées du New Public Management bousculent la dimension éthique qui était constitutive de leur identité professionnelle. Mais en second lieu, l’interrogation est élargie par la remise en cause de la partition binaire usuelle des biens et des services entre public et privé : nous nous appuyons pour cela sur les travaux d’ Elinor Ostrom sur les « biens communs », qui invite à distinguer les modalités de l’accès à un bien exclusif ou non-exclusif (selon que son détenteur peut en interdire ou non l’accès et l’usage), et les conséquences de cet usage rival ou non-rival (selon que l’usage des uns empêche ou non celui des autres). Cette approche invite à mettre l’accent sur la forme et les modalités de gestion collective des « communs » : le libre accès à une ressource ne doit pas être confondu avec une absence d’organisation collective de son usage (songeons par exemple aux servitudes d’utilité publique), ni avec l’absence de règles, en tension plus ou moins intense avec celles des marchés.

Bref, nous sommes conduits à réexaminer les procédures d’allocation de biens, en dépassant la stricte opposition entre propriété et appropriation, à reconsidérer la diversité des rapports possibles entre les usagers d’une même ressource, et à interroger des formes légitimes de régulation collective et d’association, mal connues ou sous-estimées. Cette problématique permet d’interroger tout autant les questions environnementales (les communs naturels), les questions de propriété intellectuelle (les communs de la connaissance) et les controverses juridico-politiques éclairant les débats particulièrement sensibles liés à la marchandisation contemporaine.

 

 



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M. MARGAIRAZ Michel